Le corps : guide et mémoire – Dans la thérapie HTSMA

Dans la pratique de l’HTSMA, le corps n’est ni un simple support ni un indicateur secondaire. Il est un guide, une mémoire, un acteur à part entière du processus thérapeutique, au cœur de l’expérience relationnelle et du travail de transformation.

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Thérapeute et patient en séance, le corps du patient figuré comme une mémoire vivante qui s’ouvre dans la relation thérapeutique.

En bref

En bref – Le corps comme guide et mémoire en HTSMA

Dans la pratique de l’HTSMA, le corps n’est jamais secondaire. Il précède la parole, garde la mémoire des expériences et oriente le processus thérapeutique. Par l’accordage, l’imaginaire partagé et l’expérience sécure, le corps permet de restaurer les interactions, de soutenir l’autonomie et d’ancrer durablement le changement.

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Mady Faucoup

Mady Faucoup est psychothérapeute en libéral depuis 2007, agréée par l’ARS.
Formatrice à l’Institut Mimethys en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels (TLMR) et en hypnose, elle accompagne patients et professionnels à travers une approche intégrative centrée sur les ressources et les dynamiques relationnelles.

Repère de filiation

L’HTSMA (hypnose thérapie stratégique, mouvements alternatifs) a évolué vers la TLMR (Thérapie des Liens des Mondes Relationnels) dans l’idée de passer d’une collection de pratiques à une approche sur le lien, la relation et le contexte.

L’HTSMA (base de la 1ere année de formation TLMR de l’Institut) est valable sur les traumas simples à aigues, la Thérapie des Liens des Mondes Relationnels permet d’aborder les mondes traumatiques et disfonctionnels.

Table des matières

Une manière vivante de travailler en thérapie brève

Thérapeute et patient manipulant ensemble des formes symboliques flottantes, représentant le travail analogique et relationnel en HTSMA.
Mettre en scène la relation pour restaurer le mouvement.

Avec l’HTSMA, j’ai trouvé une manière vivante de travailler qui intègre chacun des courants de la Thérapie Brève. Ce qui m’a amenée à m’inscrire dans cette pratique, c’est la construction d’un « être ensemble » dans la perspective d’une approche interactionnelle du vivant.

À partir de cette base, le thérapeute va mettre en scène ce qui apparaît dans la thérapie par la triangulation : en externalisant, grâce à l’imaginaire partagé (souvenirs, sensations, images sensorielles), la problématique de la relation (à soi, au monde, à l’autre). Ce travail analogique, comme dans le rêve, va permettre de restaurer progressivement les interactions qui étaient bloquées.

Déconstruire la plainte et suivre le processus

Dans cet objectif, le thérapeute va devoir déconstruire la plainte par un questionnement spécifique tant qu’elle ne sera pas clairement identifiée.
Cela peut se faire de trois manières différentes selon ce qui vient :

  • par la voie de la réduction lorsque la plainte est trop large, afin d’atteindre une forme plus claire et plus juste du problème,
  • par la sursaturation lorsque le mental s’enferme dans les définitions, jusqu’à ce que le corps s’exprime,
  • par la métaphorisation.

Puis, le travail va pouvoir se faire en suivant au plus près le processus jusqu’à l’expérience sécure, expérience de centration et de
calme intérieur généralisé.

Pour cela, l’imaginaire partagé fait le lien entre le mental et le perceptif sous forme de diverses expressions successives qui permettent progressivement de travailler sur le problème. Le thérapeute va entrer dans une transe d’observation des réactions du patient, de ses propres réactions et de ce qui se passe entre les deux : les trois « O » d’Erickson.

Il accueillera naturellement ce que la pensée créatrice va faire émerger dans le couple patient/thérapeute lorsqu’il interroge ou observe le patient sur ce qui vient, là, maintenant. Il va externaliser le vécu de souffrance et internaliser les ressources.

Parfois, lorsque le patient est dissocié et ne peut entrer dans le processus, le thérapeute va servir de modèle en externalisant ce qui vient chez lui, toujours dans la transe d’observation. Ce n’est pas l’expression de quelque chose de fantaisiste.
Le patient va pouvoir alors se réapproprier son vécu et en faire autre chose.

Une écologie de la relation thérapeutique

Cette façon de travailler me semble écologique pour le couple patient/thérapeute. Elle protège le thérapeute de ce qui pourrait l’impacter et le patient de l’identification à son symptôme.

Elle permet aux deux d’entrer dans une bulle thérapeutique hypnotique

Le patient va vivre une expérience de soutien inconditionnel jusqu’à l’autonomie à la fin de la séance, lorsque l’orientation vers le futur est enfin possible. Il va se voir naturellement accomplir une tâche qui sera un élément du pont vers sa reconstruction.

Le corps, évidence clinique en HTSMA

La relation au corps en thérapie HTSMA est une évidence. Il y a là deux personnes ensemble dans un lieu, qui se parlent, se répondent, essaient de se comprendre. Cela passe par l’expression verbale mais aussi par le non-verbal : le corps est parfois figé, mais il est le plus souvent en mouvement, même si cela peut être infime.

Si l’on observe bien, c’est donc un dialogue avant tout corporel qui précède même l’expression verbale.

Thérapeute et patient accordés comme deux instruments, leurs corps entrant en dialogue avant les mots dans une relation de soutien.
Un dialogue corporel qui précède la parole.

Une image pour en parler : le massage sensitif

Une image me vient pour en parler.
Il s’agit de l’apprentissage que j’ai fait il y a quelques années du massage sensitif, la méthode Camili, avec une métaphore de vague perçue sous la forme d’un mouvement, qui m’a inspirée la réflexion qui va suivre.

Dans ce type de massage, il y a aussi deux personnes ensemble. L’une utilise la force de son corps et sa respiration pour pousser ses mains sur la peau de l’autre, en un long et lent mouvement, précis dans le toucher, tout en adaptant la pression et la vitesse en fonction des informations de la peau et de ses réactions.

Les pieds du masseur sont bien ancrés au sol, un pied en avant, permettant à son corps d’engager avec assurance le geste et aux mains d’avancer jusqu’aux limites possibles de l’étirement du corps. Puis les mains reviennent de la même façon dans la position initiale, en sens inverse, entraînées par le corps.

Ce massage s’effectue sur tout le corps et se termine par un mouvement d’ensemble qui rassemble le corps dans une sensation intéroceptive généralisée, sensation d’apaisement.

J’ai découvert dans cet apprentissage que le masseur était également dans cet état à la fin du massage, par l’effet de son geste en lien avec le massé. Les deux personnes sont accordées, elles peuvent alors naturellement se séparer. Il n’y a pas de sensation de dépendance après ce massage : c’est une expérience aboutie, amenant chacun à se sentir à la fois unifié, apaisé puis revivifié.

Masseur ancré au sol réalisant un geste lent et enveloppant, symbolisant un mouvement contenant et sécurisant partagé à deux.
Un geste juste qui rassemble et apaise.

Une analogie avec le travail en HTSMA

Je me suis dit que c’était une belle analogie du travail que l’on fait en HTSMA : par exemple le travail de contention, la main qui se pose sur le poignet, une main qui sécurise, à la fois ferme et contenante, captant les informations du poignet et du corps tout entier du patient.

Lorsque l’accordage s’est fait, le poignet semble gonfler et la main se soulève quasi d’elle-même. C’est un travail de fusion/défusion corporel intense où se sont conjuguées deux personnes actives de deux façons différentes.

Dans l’expérience sécure, on retrouve la même chose lorsque les deux mains sont ensemble et que la main du patient finit par se décoller d’elle-même.

Masseur ancré au sol réalisant un geste lent et enveloppant, symbolisant un mouvement contenant et sécurisant partagé à deux.
De la contention à l’autonomie corporelle.

Le corps comme mémoire vivante

Dans ce massage, il y a une autre composante qui fait analogie : la personne massée enregistre le mouvement et va garder en mémoire à long terme les effets de ce mouvement. Elle intègre ce mouvement contenant et sécure.

Elle repart en ayant vécu une expérience humaine fondatrice : se sentir sécure dans une relation et faire ensuite l’expérience de se sentir plus vivante. En thérapie brève, on dit que lorsqu’on a vécu quelque chose de différent, on ne peut plus dire qu’on ne l’a pas vécu.

Je vous en parle aujourd’hui en ressentant encore les effets de ce massage, lorsque je l’ai fait et lorsque je l’ai reçu. Il a été un moment très important de mon travail personnel, m’aidant à me centrer dans ma vie et à me sentir plus posée et plus sécure dans la relation.

De même, en HTSMA, le travail va se poursuivre en autonomie et aboutir à une action différente en projection dans le futur, puis au fil des séances à des changements probants dans la vie de la personne.

Empreinte lumineuse au niveau du corps, symbolisant une mémoire corporelle intégrée et durable issue de l’expérience thérapeutique. thérapie HTSMA
Une expérience qui s’inscrit durablement dans le corps.

Pourquoi cette analogie avec le massage ?

Penser le corps comme expérience globale

Penser au corps, c’est à la fois le voir, le sentir, l’imaginer, saisir ses réactions, lui accorder une valeur et un sens dans la relation. Cette expérience de massage m’a reliée à la petite enfance, aux sensations, aux émotions, aux images, dans un espace cadré et relationnel.

Le corps comme contenant et contenu

Le corps est à la fois un contenant et un contenu. Il indique sans cesse des informations par l’intéroceptivité, il diffuse par la gestuelle et le paraverbal, et capte les informations sensorielles venant de l’extérieur.

Il donne matière à ce qui va se jouer entre la personne et elle-même, entre la personne et l’autre, entre la personne et le monde. En HTSMA, le travail se fait dans la conscience de ce qui se passe en soi, chez l’autre et entre les deux, par l’imaginaire partagé.

Un travail qui ne peut se faire qu’en lien

Ce travail est le fruit de ce qui se passe entre deux personnes. 

Comme en HTSMA, on entre dans une bulle à deux à l’intérieur de laquelle le processus peut se déployer.

Le corps : guide et mémoire

Le corps est bien à la fois un guide et une mémoire pour mobiliser ce qui est vivant. Il exprime l’harmonie ou la désharmonie du vivant et participe à diffuser des énergies particulières dans la relation.

On observe ces transformations lorsque des personnes reviennent transformées physiquement. Il y a alors un rayonnement particulier, une clarté qui semble relever d’une autre dimension.

Thérapeute et patiente se faisant face en séance, posture calme et regard ajusté, la patiente présentant une transformation corporelle visible et apaisée.
Le corps témoigne des transformations à l’œuvre dans la relation thérapeutique.

Un exemple clinique en HTSMA

Je vais illustrer cette fonction du corps comme guide et mémoire par un exemple en thérapie.

La jeune femme de 25 ans que je vais appeler Chloé vient me voir suite à un avortement il y a un an. Elle pense que cela a entrainé des effets néfastes pour elle aujourd’hui. 

« C’est-à-dire ? »

Elle ne se sent pas bien, ressent comme un mal-être qu’elle qualifie de peur, elle pleure beaucoup avant d’aller au travail, et quand elle rentre. 

Elle a des images qui lui viennent. Cela empire au point où elle n’arrive plus à aller au travail depuis quelques jours, même si jusque-là elle parvenait à contrôler dit-elle. Cela impacte sa vie sociale, elle panique à l’idée d’aller voir des amis, de sortir dans des soirées avec plusieurs personnes. Le questionnement met en évidence le fait que ce qui l’a le plus perturbée c’est une scène, suite à cet avortement lorsqu’elle a fait une hémorragie. Elle est seule chez elle, en attendant les pompiers.

Nous reprenons la scène et elle focalise d’abord sur son pantalon tâché de sang, puis sur les motifs, puis sur le sang. 

Cette scène prend le pouvoir sur elle en une sensation corporelle dans le ventre. Le corps a gardé la mémoire active de ce moment. 

Les mouvements alternatifs font baisser cette sensation jusqu’à ce qu’elle disparaisse, mais elle se dit tendue. Le corps donne une information qui indique que quelque chose n’est pas ok. 

Cette sensation la met en contact avec une image récurrente lorsqu’elle fait des crises : elle est seule à l’hôpital suite à cette hémorragie.

Je demande à sa main de se poser dans la mienne, puis de porter son attention sur ce qui se passe entre nos deux mains. 

Ce premier travail, tout simple permet à nos deux respirations de commencer à se synchroniser tranquillement.

Nous commençons à entrer dans un accordage corporel, je sens d’ailleurs très vite sa main fusionner avec la mienne, nous ne sommes pas au tout début de la thérapie et le travail que nous avons déjà effectué a permis de créer une alliance.

Je lui demande ensuite si cette image était un personnage, comment s’y prend-il pour prendre le pouvoir sur elle ?

Elle me dit « il m’enveloppe »,

et entre cette enveloppe et elle ?

« Ça m’enferme »,

et quel effet ?

« Sensation de tension dans la poitrine ».

Nous externalisons cette sensation qui devient comme un nuage, sur lequel je lui fais focaliser un point précis afin de délimiter la forme de cette tension et le travail suit son cours jusqu’à ce que la forme devienne translucide et disparaisse. La tension disparait progressivement.

Chloé me dit « c’est comme si la tension descendait dans le bras et était absorbée par nos deux mains », puis la tension disparait totalement.

De mon côté j’ai une douleur dans le dos, côté gauche, qui ne part pas, malgré l’intervention d’un tiers sécure (le thérapeute fait venir dans le présent imaginaire, en HTSMA, des personnes qui ont des fonctions de tiers, différentes selon le moment de la thérapie). Une image me poursuit avec cette sensation, c’est comme un coup de poignard dans le dos, je demande l’autorisation d’externaliser cette sensation et je rajoute

« je ne sais pas qui donne ce coup de poignard ? »

Chloé hoche la tête. La douleur s’en va. Le corps s’apaise en accordage avec celui de ma patiente. Je ne sais pas ce que nous avons traversé là, mais visiblement, il y avait un obstacle à franchir qui semble avoir été franchi. Là encore le corps indique les choses, il guide le travail en donnant des informations et contient les effets liés à des actions et à des intentions dont on n’a pas toujours les tenants et les aboutissants. Je ne sais pas pourquoi j’ai posé cette question que je n’aurais sans doute pas posée dans une autre séance. Elle n’était pourtant pas fantaisiste, j’étais bien en transe d’observation et je « savais » spontanément que ce coup de poignard était donné par une personne qui ne s’adressait pas à moi. L’apaisement se généralise ensuite. 

Et la séance se poursuit jusqu’à son terme où Chloé revoit la scène de départ qui est complètement désactivée, comme si cette image ne faisait pas partie de sa vie. Elle se projette dans le futur où elle se voit aller voir des amis avec plaisir.

Il semble qu’on a travaillé d’abord la peur de Chloé de se voir mourir et ensuite la peur de se retrouver lâchée, toute seule, abandonnée. Tout cela s’est fait par une approche psychocorporelle où le corps était acteur à part entière du vécu de Chloé en donnant à la fois des informations en lien avec ses souvenirs et à la fois par le travail analogique qu’on a fait ensemble, en nous guidant sur le processus à suivre. Ce coup de poignard par exemple est venu indiquer quelque chose de son vécu qui n’était pas ok et que j’ai impacté, en lui permettant de s’apaiser par la fusion de nos deux mains ; c’est comme si un transfert corporel s’était fait. Mais ce message du corps m’a permis, en l’externalisant de pouvoir évacuer un obstacle au processus, qui a pu alors se dérouler ensuite jusqu’au bout.

On ne peut donc pas se passer du corps dans un type de thérapie psychocorporelle comme l’HTSMA

La relation au corps est même première pour moi, dans ma pratique. Si je l’oublie, je ne suis pas centrée, je ne perçois pas tout ce qui est exprimé par les corps et je ne permets pas au processus de se dérouler. J’aurais pu laisser de côté cette sensation de douleur dans le dos, comme tout bon thérapeute sauveur qui s’oublie ! Or le corps est premier, il réagit avant que nous en ayons conscience. Point n’est besoin d’analyser, il suffit de permettre à la conscience de le percevoir et d’en faire quelque chose en travaillant sur les interactions. On est dans un travail hypnotique où les choses se dénouent malgré nous, comme une histoire métaphorique.

Au final, le corps reprend ses droits, en retrouvant toujours sa position de calme qui lui est naturelle !

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