Mady Faucoup est psychothérapeute en libéral depuis 2007, agréée par l’ARS.
Formatrice à l’Institut Mimethys en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels (TLMR) et en hypnose, elle accompagne patients et professionnels à travers une approche intégrative centrée sur les ressources et les dynamiques relationnelles.
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Du travail sur les règles à la question de la sécurité relationnelle
Dans la revue Hypnose et Thérapies Brèves n°65, je proposais une façon de travailler sur les règles chez l’enfant, afin de favoriser son autonomie au sein d’une famille où chacun respecte des limites au nom de valeurs communes partagées.
C’est un travail de contenance nécessaire au bon développement de l’enfant. Il passe par des « conséquences » établies d’avance si les règles familiales ne sont pas respectées. Le terme de conséquences plaît étrangement aux enfants. Ils ont compris que, quand « ça roule », elles changent, et la vie familiale s’en trouve améliorée.
Dans cet article, l’exemple clinique montrait comment cela avait permis à l’enfant et à sa famille de s’accorder et de vivre ensemble de nouvelles interactions dans un cadre plus paisible.
Je vous propose maintenant une autre vignette clinique, assez caricaturale, de la façon dont un enfant peut résister à ce changement systémique tant il s’est installé dans un dysfonctionnement relationnel massif.
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Une situation clinique de résistance au changement
J’avais fait la première séance en mettant en place la démarche sur les règles.
Le plus souvent, les enfants hostiles au début repartent en montrant à leurs parents, d’une façon ou d’une autre, leur approbation à ce que je propose. Celui-ci était resté sur la réserve.
Je vais vous décrire comment je m’y suis prise ensuite avec cet enfant en TLMR*, pour le contenir, pour l’apaiser et enfin pour lui permettre de faire l’expérience de l’attachement dans la fusion / défusion.
Il s’agit de Mathis, il a seulement 4 ans et demi. Deuxième séance.
Entrée en relation : un enfant en opposition
Je viens chercher Mathis avec ses parents dans la salle d’attente. Il me lance un regard de défi. En même temps, c’est comme s’il me disait :
« Occupe-toi de mes parents, moi, je n’ai rien à faire là. »
Dans le bureau, il continue à s’opposer fermement et me regarde avec un air qui dit clairement :
« C’est moi le chef ici. »
Je commence néanmoins à faire le point avec les parents, qui ont mis en place le protocole précédent et qui ont déjà observé des améliorations. Mais Mathis met le bazar, empêche ses parents de parler avec moi.
Ils le recadrent, il monte de plus en plus le ton, puis cela devient un véritable conflit ouvert. Mathis crie, s’agite de plus en plus.
Le « panier à calmer » : une expérience de contenance
Mise en place du dispositif
Je préviens les parents que je vais faire quelque chose pour aider Mathis à se calmer. Je leur demande simplement d’observer.
Je prends alors Mathis dans mes bras, simplement et naturellement, sans faire de commentaires. Je le maintiens en position de fœtus, en encerclant son corps tout entier. Mes mains fermées forment une fermeture contenante. Je me centre, debout, dans une position de pleine présence à ce qui se passe chez moi, chez lui et entre nous deux, tout en observant les parents.
Je dis à Mathis :
« Ton corps est dans un panier à calmer. Ce panier tient ton corps pour le calmer. » (langage métaphorique et indirect)
Mathis s’agite de plus belle.
Je lui dis :
« Plus ton corps s’agite, et plus le panier rétrécit pour mieux tenir ton corps et lui permettre de se calmer. »
Je ferme un peu plus mes bras contre lui.
Tenir dans la durée
Il se met à hurler, à m’insulter même. J’observe que les parents sont mal à l’aise vis-à-vis de moi. Je continue calmement, en les rassurant :
Je fais ce qu’il y a à faire, c’est ok pour moi, et tout cela doit aller jusqu’au bout maintenant.
Mathis se calme un peu.
« Le panier s’agrandit », dis-je.
Il en profite pour se remettre à gigoter.
Moi :
« Le panier rétrécit. »
Mathis veut aller dans les bras de sa mère. Je desserre le panier pour tester sa réaction. Il hurle sur sa mère, qui ne fait rien pour lui. Je resserre à nouveau, et ainsi de suite, toujours en commentant l’action du panier.
Ce petit jeu dure un bon quart d’heure. C’est long. Il faut ce temps pour que Mathis s’apaise peu à peu. Il va finalement demander les bras de sa maman d’une manière telle qu’il est prêt à retrouver sa place d’enfant, ayant besoin à la fois de sécurité et de tendresse.
Contenance et non contention
Il y a trois paramètres qui m’ont permis de faire ce travail :
- cela s’est passé devant les parents, qui ont pu observer ;
- ils m’ont fait confiance ;
- j’ai été ferme et assurée dans ce que je faisais.
Il est donc nécessaire d’évaluer ce qui est possible et de respecter le bon moment, lorsque la confiance est bien installée et que le thérapeute est prêt à contenir l’enfant et à aller jusqu’au bout, en restant en pleine présence.
Les parents peuvent ne pas supporter de voir leur enfant crier. Ils peuvent avoir l’impression qu’il est contraint. Or, la contenance n’est pas la contrainte.
C’est la raison pour laquelle j’ai imaginé un panier, qui permet de trianguler. L’intention du panier est simplement de calmer. C’est plus simple que de confronter l’enfant à l’action directe du parent, qu’il interpréterait comme une contrainte de corps à corps.
Cette pratique leur sert de modèle, afin qu’ils puissent se l’approprier avec leur enfant. Elle peut être utilisée avec des bébés ayant besoin de s’apaiser lorsque les cris manifestent de la colère. Elle est très efficace, à condition que les parents soient en mesure de se centrer pleinement pour le faire.
Ces dimensions sont explorées dans les formations en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels proposées par l’Institut Mimethys.
Du cadre à l’attachement : le « câlin de ventre »
Une expérience d’attachement sécurisant
Je pose enfin Mathis dans les bras de sa maman. Il se blottit, face contre elle. Je fais le lien entre eux avec du tapping alternatif entre son épaule et celle de sa maman.
Je propose alors de travailler l’accordage entre eux.
Je dis à Mathis :
« Imagine que tu redeviens tout petit, tout petit, tellement petit que tu rentres à nouveau dans le ventre de ta maman. »
Je demande à la maman d’imaginer la même chose.
Mes mains restent posées sur leurs épaules. Ils ne font plus qu’un. Je triangule en percevant ce qui se passe entre eux. Il y a un moment de fusion totale, puis Mathis se remet à bouger, descend des genoux de sa maman et va jouer tranquillement.
Effets et évolution
À la séance suivante, c’est un autre Mathis qui arrive, tout fier de me dire qu’il n’y a pas eu de « conséquences ». Enfin si : une conséquence positive.
Il est dans la coopération, et ses parents lui font plein de compliments.
Je n’ai pas eu besoin de les revoir ensuite, car tout est rentré dans l’ordre.
Ce n’est pas toujours le cas, bien sûr. Mais ce travail permet de repérer ce qui, dans le relationnel familial, reste dysfonctionnel. L’enfant est alors le symptôme de ce monde relationnel. Le travail sur le cadre apporte des améliorations, mais ne règle pas toujours le problème sous-jacent.
Attachement sécure et autonomie
Le câlin de ventre est un excellent moment d’attachement sécurisant. Il permet d’aller jusqu’au bout de la fusion des deux corps. L’enfant a internalisé le lien et peut repartir avec. C’est son corps qui signe que c’est ok : il se remet à bouger et se sépare tranquillement.
C’est la répétition de ces moments sécures qui permet à l’enfant de prendre appui sur ce lien pour s’autonomiser ensuite.
Dans le travail thérapeutique avec les enfants, lorsque la difficulté concerne avant tout le cadre, ces manières de faire constituent des réponses appropriées.
Elles aident les parents à assurer leur rôle en lien avec leurs valeurs profondes et permettent un nouvel apprentissage, tant pour les parents que pour les enfants.
Note
TLMR : Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels, pratique de psychothérapie développée par le Dr Éric Bardot et enseignée à l’Institut Mimethys.
FAQ – Restaurer un rapport au monde sécure chez l’enfant
Que signifie « restaurer un rapport au monde sécure chez l’enfant » ?
Restaurer un rapport au monde sécure consiste à offrir à l’enfant un cadre relationnel stable.
Ce cadre lui permet de vivre des interactions prévisibles, contenantes et ajustées, favorisant son apaisement et son autonomie progressive.
Pourquoi le cadre relationnel est-il central dans l’accompagnement de l’enfant ?
Le cadre relationnel soutient le développement de l’enfant lorsqu’il est clair et cohérent.
Il repose sur des règles partagées, des limites repérées et des valeurs communes incarnées par les parents.
Quel lien l’article fait-il entre règles et sécurité relationnelle ?
Les règles ne sont pas posées comme des contraintes arbitraires.
Elles servent de repères sécurisants lorsqu’elles sont associées à des conséquences établies à l’avance et comprises par l’enfant.
Comment la TLMR accompagne-t-elle un enfant en opposition ?
La TLMR vise à contenir l’enfant plutôt qu’à le confronter directement.
Elle propose des expériences relationnelles sécurisantes permettant à l’enfant de s’apaiser et de retrouver sa place dans le lien.
Qu’est-ce que le « panier à calmer » décrit dans l’article ?
Le panier à calmer est un dispositif métaphorique de contenance corporelle.
Il permet à l’enfant de faire l’expérience d’une sécurité physique et relationnelle sans contrainte, sous le regard des parents.
Quelle différence l’article fait-il entre contenance et contrainte ?
La contenance vise à apaiser et sécuriser l’enfant.
Elle se distingue de la contrainte, car elle s’appuie sur la présence, la confiance et la capacité du thérapeute à aller jusqu’au bout du processus.
Quel rôle joue l’attachement dans cette approche ?
L’attachement sécurisant permet à l’enfant d’intégrer le lien.
Des expériences de fusion et de défusion, comme le « câlin de ventre », soutiennent cette internalisation et favorisent l’autonomie.
Quels effets peuvent émerger après ce travail relationnel ?
L’enfant peut entrer dans une dynamique de coopération.
Les interactions familiales s’apaisent, et les parents retrouvent une position ajustée dans leur rôle éducatif.
