Contexte de cette réflexion
Cette réflexion s’inscrit dans le prolongement d’une conférence internationale organisée le 26 mars 2025, sous forme de dialogue clinique, réunissant trois praticiens engagés dans une lecture relationnelle du trauma :
- Dr Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys, concepteur de la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels (TLMR) ;
- Dr Julien Betbèze, psychiatre, spécialiste de l’approche narrative ;
- Stéphane Roy, psychologue, psychothérapeute, docteur en psychologie, co-directeur de l’Institut Mimethys.
Cette rencontre proposait d’explorer les limites de la pensée causale dans l’accompagnement des mondes traumatiques, et de mettre en dialogue la TLMR et la thérapie narrative comme approches permettant de rouvrir une temporalité relationnelle plus fluide, au-delà de la répétition et de l’enfermement traumatique.
Un article issu de cette conférence est également publié par l’organisateur international LACT, et propose une lecture complémentaire de ces enjeux cliniques.
Penser le trauma autrement qu’à partir de ses causes
Dans les pratiques thérapeutiques, le trauma est souvent abordé à travers la recherche de causes : événements déclencheurs, origines précoces, facteurs explicatifs. Si cette démarche peut sembler rassurante, elle montre rapidement ses limites dans l’accompagnement des vécus traumatiques complexes.
La quête du « pourquoi » peut enfermer la personne dans une régression infinie, où chaque cause devient l’effet d’une cause antérieure. Cette logique, loin d’ouvrir un chemin de transformation, fige parfois le sujet dans un passé immobile, au détriment de son expérience présente.
L’approche relationnelle propose un déplacement essentiel : il ne s’agit plus seulement de comprendre ce qui a causé le trauma, mais d’explorer comment le trauma organise aujourd’hui le monde relationnel de la personne.
Les mondes traumatiques : une organisation relationnelle du vécu
Un monde traumatique ne se résume pas à un souvenir douloureux.
Il correspond à une manière d’être au monde, marquée par des stratégies de survie : dissociation, hypervigilance, retrait, méfiance ou figement.
Dans ces mondes, la temporalité se rigidifie : le présent est contaminé par un passé toujours actif, et l’avenir peine à s’ouvrir.
Les comportements observés ne sont pas des dysfonctionnements isolés, mais des tentatives d’adaptation à un environnement relationnel devenu imprévisible ou insécurisant.
Comprendre le trauma sous cet angle permet de sortir d’une lecture pathologisante, et de reconnaître la cohérence des stratégies mises en place pour survivre.
La relation thérapeutique comme espace de transformation
Dans la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels (TLMR) comme dans l’approche narrative, la transformation ne passe pas d’abord par l’explication, mais par l’expérience relationnelle.
Avant de travailler le contenu traumatique, il s’agit de restaurer une sécurité relationnelle vécue, où la personne peut expérimenter une autre qualité de présence et de lien.
Le thérapeute n’est pas un expert extérieur chargé d’analyser, mais un co-constructeur d’un espace relationnel vivant, attentif à l’accordage, aux micro-réajustements et aux effets produits dans la rencontre.
C’est dans cette expérience partagée que peuvent progressivement se rouvrir :
- une temporalité fluide ;
- une capacité de mise en mouvement ;
- et un rapport au monde moins dominé par la peur et la répétition.
Sortir de la pensée causale sans renoncer à la rigueur clinique
Renoncer à une lecture strictement causale ne signifie pas abandonner toute rigueur. Il s’agit au contraire d’élargir le cadre de compréhension en intégrant les dimensions relationnelles, corporelles et affectives de l’expérience humaine.
La TLMR et la thérapie narrative permettent d’aller au-delà du raisonnement linéaire en réintroduisant :
- la circularité des interactions ;
- l’influence des contextes relationnels ;
- la possibilité de transformation à partir du lien.
Ce déplacement ouvre un espace où la personne peut redevenir actrice de son histoire, non par la maîtrise du passé, mais par l’expérience d’un présent relationnel différent.
Restaurer le sens et la capacité de transformation
L’objectif n’est pas d’effacer le trauma, mais de transformer la relation à l’expérience vécue. En réintroduisant du lien, de la sécurité et de l’accordage, la personne peut progressivement retrouver une capacité de choix, de création et de projection.
Cette reconstruction psychique s’inscrit dans une dynamique holistique intégrant :
- les dimensions relationnelles ;
- les vécus corporels ;
- la possibilité de redonner sens à ses actions.
FAQ – Mondes traumatiques et approche relationnelle
Pourquoi la pensée causale atteint-elle ses limites face au trauma complexe ?
Parce qu’elle cherche une origine linéaire à des vécus organisés dans des systèmes relationnels durables. Elle peut figer la personne dans le passé plutôt que soutenir une transformation vécue.
Qu’est-ce qu’un monde traumatique ?
C’est une organisation relationnelle marquée par la dissociation, la perte de sécurité et une temporalité figée, influençant durablement la manière d’être en lien avec soi et les autres.
Quel est le rôle central de la relation thérapeutique ?
La relation constitue un espace d’expérience partagée permettant de restaurer la sécurité, l’accordage et la capacité de transformation.
En quoi la TLMR se distingue-t-elle d’une approche explicative du trauma ?
Elle privilégie l’expérience relationnelle et vécue plutôt que la seule compréhension intellectuelle des causes.
Cette approche remplace-t-elle d’autres formes de prise en charge ?
Non. Elle s’inscrit en complémentarité avec d’autres approches cliniques et médicales, sans s’y substituer.
