Sortir de l’emprise de la honte

Souvent, indépendamment de son genre, de son orientation sexuelle ou encore de sa culture, lorsqu’une personne pousse la porte d’un sexothérapeute, telle une ombre, la honte l’accompagne.

Elle peut être la problématique centrale, l’une de ses conséquences ou encore liée à l’anticipation d’un possible jugement du thérapeute.

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Illustration symbolique de l'emprise de la honte et du processus relationnel permettant d’en sortir en thérapie

En bref

Comment la honte s’installe-t-elle dans les liens, et comment en sortir en thérapie relationnelle ?

La honte ne se limite pas à une émotion passagère : elle peut infiltrer l’identité, isoler la personne et altérer les liens à soi, aux autres et au monde.
En sexothérapie, elle se manifeste souvent de manière indirecte, à travers l’évitement, le contrôle ou la peur du regard.
L’article montre comment la TLMR permet de comprendre la honte comme un monde relationnel, et d’en desserrer l’emprise en restaurant une sécurité relationnelle sécure.

Image de Géraldine GARON
Géraldine GARON

Hypnothérapeute, Sexothérapeute, thérapeute TLMR et formatrice à l’institut Mimethys.

Comprendre la honte : définition et manifestations

Souvent, indépendamment de son genre, de son orientation sexuelle ou encore de sa culture, lorsqu’une personne pousse la porte d’un sexothérapeute, telle une ombre, la honte l’accompagne. 

Elle peut être LA problématique, l’une de ses conséquences ou encore causée par l’anticipation d’un possible jugement du thérapeute.

Définir la honte

D’une façon générale, on peut définir la honte comme une émotion sociale douloureuse liée au fait de perdre – ou d’imaginer perdresa réputation, sa dignité, d’être rejeté, parce qu’on est -ou que l’on s’imagine- regardé comme “hors normes”.

Ce regard peut être issu des divers champs de la relation: à soi, à l’autre, au monde et à la spiritualité.

Tous les aspects de la personne peuvent en être l’objet: statut social, esprit, corps…. On la distingue de la culpabilité qui touche, elle, les actions de la personne.

Les différents sujets abordés

Les manifestations de la honte

Les manifestations de la honte sont polymorphes, nous en avons tous ressenti un jour les effets: rougissement, gêne, bafouillement, état de confusion, difficultés à soutenir un regard…

Celui qui en souffre cherche à la cacher, rentrer sous terre, disparaître ce qui
rend la honte encore plus visible.

Selon Günther Anders, dans « l’obsolescence de l’homme”, “la honte s’engendre elle-même, par un processus “itératif”; elle est alimentée en quelque sorte, par sa propre flamme, et brûle d’autant plus longtemps qu’elle brûle vivement”.

La personne en vient alors à avoir honte des effets de la honte. On pourra voir s’installer des comportements ou pensées de fuite ou d’évitement, des tentatives de contrôle dans des comportements obsessionnels afin de dissimuler la honte.

Il arrive que la personne cherche même à adopter une nouvelle façade, à l’opposé de la honte, par exemple dans une attitude de défiance, hautaine ou d’indifférence à l’autre.

Elle se dupe et dupe l’autre, ce qui fait le lit du dégoût de soi et des difficultés à s’accorder aux autres.

Personne traversant une toile d'araignée, le visage caché dans les mains, rougissante et gênée, illustrant les manifestations de la honte
Les manifestations de la honte : se cacher, vouloir disparaître, tout en étant encore plus visible.

Honte, isolement et atteinte des liens

Contrairement à la pudeur qui permet d’ajuster la distance relationnelle propre à chacun, recevoir, ou imaginer recevoir un regard d’opprobre n’a rien de protecteur ni d’utile dans la création du lien social.

En effet, loin de relier et de permettre de créer des communautés de soutien, le sentiment de honte s’infiltre au plus profond de l’être, en atteignant l’identité de l’individu, s’insinuant dans ses pensées et déterminant ses actes. Elle isole.

Alors que d’autres émotions dites négatives, telles que la colère ou la tristesse se racontent, la honte empêche son partage et se renforce dans le silence qu’elle impose. Progressivement, elle peut entraîner une altération de la relation à soi et aux autres, des questionnements identitaires, des problématiques d’attachement ou encore des conduites addictives.

Silhouette en ombre d’une personne assise seule au sol, éclairée par un halo de lumière, symbolisant la honte et l'isolement.
La honte isole et replie l’individu sur lui-même, loin du lien et du soutien.Stone Wall.

Le contexte sociétal : normes, injonctions et contrôle des corps

La honte dans les mythologies et l’héritage religieux

Le regard provoquant la honte en matière de sexualité se retrouve dans toutes les mythologies fondatrices. Héphaïstos fabrique un filet pour punir sa femme Aphrodite et son amant. Captifs, nus, ils subissent la honte d’être offerts à la risée des autres dieux.
Eve et Adam, eux, cachent leurs sexes après avoir commis le péché originel. De siècles en siècles, le sentiment de honte, allié à la culpabilité religieuse, oblige à cacher, mutiler les “parties honteuses” représentées dans l’art. Pie IX en 1857, castre lui-même toutes les statues du Vatican. Simultanément les corps des femmes et hommes s’encagent.

Normes sexuelles contemporaines et injonctions paradoxales

Aujourd’hui, en se référant aux nombreuses normes et injonctions sexuelles paradoxales en vigueur, chacun peut trouver matière à éprouver un sentiment de honte. Comment être toujours désirant(e), performant (e), musclé(e) et à la fois dans le “lâcher prise”, le “bien être”, le “slow sex” ?

Dans le culte ambiant de l’image de soi et des préoccupations individuelles, beaucoup cherchent une “bulle de sérénité” ET une intensité perpétuelle. 

La sexualité devient une performance de plus, permettant une décharge salutaire. Après quelques années de liesse post guerres mondiales, les représentations du corps sexué –surtout féminin- sont bannies de l’espace public. Ces censures envoient le message implicite de l’interdit porté sur la sexualité, alors que chacun est sommé d’être un expert du sexe.

L'impact de l'emprise de la honte sur les relations interpersonnelles

Dans ce contexte, gare à celui qui rate une marche! 

Il ressentira sur ses épaules le poids de la honte. Pèsera là son propre regard sur lui, celui des réseaux sociaux et de l’entourage. 

L’entourage contaminé par le contexte a honte de la personne et honte d’avoir honte. 

Parfois aussi, les proches ont malgré eux une pointe de jubilation à cet échec et ressentent la honte de se réjouir du malheur de l’autre

Certains philosophes contemporains, en observant les effets de la honte, posent la question pertinente des intentions des injonctions et normes sexuelles. Certains y voient un moyen de contrôler les esprits et d’empêcher de se relier entre humains afin d’éviter la révolte.

Indicateurs contemporains de la honte sociale

Comme preuve tangible de l’importance de la soumission des corps et des esprits par la honte, on peut noter l’explosion de la chirurgie plastique dans toutes les catégories d’âge et de sexe, du slut-shaming, du body-shaming, du nombre des savons intimes ou serviettes “contre les mauvaises odeurs” disponibles dans les rayons de supermarché, de la fréquentation des salles de sport par les adolescents… 

Des études menées en 2021 montrent que 41% des femmes ont honte de leur libido qu’elles considèrent trop faible par rapport aux diktats sociétaux. (sondage par la plateforme émancipées sur 3685 femmes âgées de 18 à 50 ans).

La transmission de la honte dans le cadre familial

Les relations dans le cercle familial alimentent elles aussi le sentiment de honte

On peut citer les diverses rivalités de fratries (l’un “beau” ou “brillant” ou “intelligent”, l’autre vilain petit canard…) ou les messages transmis lors de l’éducation.

Les parents souhaitent légitimement que l’enfant s’intègre à la société et en assimile les règles afin d’y avoir une place.

Cela concerne en autre le rapport au corps et à la sexualité.

Prenons l’exemple de la masturbation, considérée comme interdite dans l’espace public.

Selon le vécu du parent et ses représentations, la transmission de cette règle peut malheureusement faire porter sur l’enfant un regard honnissant non pas sur le contexte dans lequel la masturbation est pratiquée mais sur la masturbation elle-même.

L’enfant se retrouve à ressentir de la honte sur une activité pourtant nécessaire au développement de sa sexualité. La porte est alors grande ouverte à la généralisation de la honte sur l’ensemble des activités sexuelles et à l’enfermement dans le secret. L’orientation sexuelle, les choix de partenaires, les goûts vestimentaires voire tous les pans de la vie peuvent être impactés. 

Eddy de Pretto illustre à merveille ce phénomène dans sa chanson “Mon kid”. Il y dépeint les injonctions masculinistes transmises par un père à son garçon qui se découvre secrètement gay.

Illustration culturelle - Eddy de Pretto - Kid

Tu seras viril mon kid

Tu tiendras dans tes mains l’héritage iconique

D’Apollon, et comme tous les garçons

Tu courras de ballon en champion

Et deviendras mon petit héros historique

Tu seras viril mon kid

Tu brilleras par ta force physique

Ton allure dominante, ta posture de caïd

Et ton sexe triomphant, pour mépriser les faibles

Tu jouiras de ta rude étincelle

Mais moi, mais moi, je joue avec les filles

Mais moi, mais moi, je ne prône pas mon chibre

Mais moi, mais moi, j’accélérerai tes rides

Pour que tes propos cessent et disparaissent

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Sur quoi porte la plainte en sexothérapie ?

Dans nos cabinets de sexothérapie, comme dans la vie courante, la honte se nomme difficilement.

On la débusque dans des périphrases: j’aurais voulu rentrer sous terre, je préfère être dans le noir complet pour faire l’amour, mon sexe devient comme un escargot qui rentre dans sa coquille, c’est trop gênant, ça me met mal à l’aise….
Elle peut porter sur tous les aspects de la sexualité “honte d’avoir “trop” envie”, “honte d’avoir la libido dans les chaussettes”, “honte d’avoir eu trop de partenaires”, “honte de manquer d’expérience”, “honte d’une partie de son corps”, “honte d’être attiré(e) par untel(le) ou part telle ou telle pratique”, “honte de ne pas être assez performant(e)”, “honte de ses odeurs corporelles”, “honte d’être trop normal”, “honte de pouvoir faire mal”, “honte d’avoir mal”…. la liste est loin d’être exhaustive.

Les liens touchés par la honte

Honte contextuelle ou peur d’avoir honte

Quel que soit son objet, la honte peut altérer les différents types de liens: lien à soi, à l’autre et au monde des représentations. Lorsque la personne est totalement immergée dans l’emprise de la honte, cette dernière effracte tous les liens. De la plus “simple” à la plus complexe, voici les situations présentées par nos patients:

  • Je me déshabille devant mon partenaire et d’un coup, j’ai honte (de ma lingerie, de ma pilosité, mes prétendus bourrelets, est-ce que je vais bien avoir une érection, de mes règles ….). Le sentiment de honte est ici contextuel et disparaît dès que la relation se construit.
  • Je rencontre quelqu’un qui me plaît et j’ai peur d’avoir honte, honte de l’emprise de la honte à l’idée de peut-être un jour me déshabiller devant lui. J’ai sans doute déjà vécu la sensation d’avoir honte et je la redoute. Je vais contrôler un maximum de paramètres afin de limiter ce sentiment ou éviter de me confronter à cette situation. Dans ce cas, le processus thérapeutique doit d’abord franchir l’écran de fumée formé par la peur pour accéder à la problématique de l’emprise de la honte.

Honte identitaire et monde relationnel traumatique

La honte, la peur d’avoir honte et la honte d’avoir honte ne sont plus contextuelles, c’est comme si elles m’habitent en permanence.

Je change de peau, je me dissimule pour tenter de fuir leurs effets et je dissimule à l’autre que je dissimule : je me perds.

Elles touchent à l’essence de mon identité.

Mon monde est entièrement teinté de la honte, il est probable que j’ai hérité de ce monde, qu’il s’agisse d’une honte “transgénérationnelle”. La honte m’empêche d’exister en tant qu’individu et entraîne ma mort sociale: j’ai honte de ma propre existence, je voudrais disparaître.

En même temps, cette honte relie tous les membres de mon univers et crée en quelque sorte un sentiment d’appartenance. Si je sors de l’emprise du monde de la honte, j’ai peur de perdre ces liens et finalement qu’une autre sorte de mort m’attende.

FAQ – Construire un cadre familial sécure (TLMR)

La TLMR permet de travailler le cadre familial comme un espace relationnel sécurisant.
Elle vise à repositionner chaque membre de la famille, à redonner du sens aux règles et à soutenir l’ajustement relationnel entre parents et enfants.

Lorsque le cadre n’est pas clair ou cohérent, l’enfant manque de repères.
Cela bloque son évolution et altère le climat familial, en générant fatigue, tensions et insécurité relationnelle pour tous.

La TLMR propose de passer d’une plainte centrée sur l’enfant à un travail avec toute la famille.
L’autorité parentale est travaillée comme une position incarnée, cohérente et partagée par les parents.

Les règles servent de vecteur d’harmonie familiale.
Elles sont définies par les parents, communes à tous, et associées à des conséquences claires afin de créer un cadre lisible et sécurisant pour l’enfant.

L’enfant sait à quoi s’attendre et n’est plus confronté à des réactions imprévisibles.
Le cadre stable lui permet de ne plus s’identifier à ses comportements et de retrouver une place sécurisante dans le système familial.

La démarche est plus simple à mettre en place avec les enfants de moins de dix ans.
Au-delà, le travail porte davantage sur la dynamique familiale globale et reste adaptable selon le contexte.

La TLMR propose de sortir de la relation duelle en triangulant avec des valeurs partagées.
Les règles prennent sens lorsqu’elles s’inscrivent dans un cadre cohérent, incarné par les parents et relié à leurs valeurs.

Les parents doivent être à l’écoute des signes d’emprise de la honte chez leurs enfants afin de leur offrir le soutien nécessaire.

La sécurité relationnelle s’inscrit dans le vécu corporel.
L’accordage sensoriel et émotionnel entre parents et enfant soutient l’intégration du cadre et favorise l’autonomie relationnelle.

Il est important d’apprendre aux enfants à gérer leurs sentiments d’emprise de la honte pour favoriser leur développement émotionnel.

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