Poudlard, haut lieu de l’externalisation

Au-delà du récit initiatique, Poudlard fonctionne comme un miroir des dynamiques humaines. Maisons, créatures et objets magiques deviennent des formes symboliques proches de celles mobilisées en psychothérapie relationnelle.

La saga met ainsi en scène des procédés d’externalisation, de transformation des peurs, de mobilisation de figures ressources et de travail du lien, qui résonnent directement avec la TLMR, l’hypnose et la thérapie narrative.

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Illustration symbolique représentant un château relié par des escaliers et des réseaux lumineux, évoquant l’externalisation, les mondes relationnels et le travail métaphorique en thérapie.

En bref

Comment la saga Harry Potter illustre-t-elle l’externalisation en thérapie relationnelle ?

À travers les maisons, les créatures et les objets magiques, la saga Harry Potter met en scène des procédés proches de l’externalisation thérapeutique.
La Pensine, l’Épouvantard ou le Patronus donnent forme aux peurs, aux souvenirs et aux valeurs, permettant une mise à distance sécure de l’expérience vécue.
Ces dispositifs symboliques rejoignent les pratiques de la TLMR, de l’hypnose et de la thérapie narrative, où la relation et la médiation soutiennent la transformation.

Poudlard comme miroir de la société humaine

Poudlard est mondialement connue comme l’école de magie où grandissent Harry Potter et des élèves venus de tous horizons. Dès les premiers tomes de la saga de Harry Potter, une communauté profondément fracturée se dévoile : sang pur et sang-de-bourbe, riches et pauvres, populaires et exclus, humains et hybrides.

Ces lignes de fracture sont symbolisées par la cérémonie de répartition, au cours de laquelle le Choixpeau magique assigne chaque enfant à une maison — Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle ou Serpentard — chacune porteuse de valeurs singulières, tantôt rivales, tantôt alliées.

Analogie de notre société, la saga met en scène le passage de l’enfance à l’âge adulte à travers des épreuves successives, traversées grâce aux ressources internes, au lien et à la magie.

Image de Géraldine Garon
Géraldine Garon

Infirmière anesthésiste D.E, Hypnothérapeute, Sexologue et formatrice à l’institut Mimethys.

Article publié dans la revue Hypnose et thérapies brèves n°69 : Mai / Juin / Juillet 2023

Ce que vous trouverez dans cet article

De la magie à la thérapie : la force du lien

À la relecture de la saga, des ponts se dessinent entre magie et pratiques thérapeutiques relationnelles. L’autrice, J. K. Rowling, accorde une place centrale à la force du lien entre les protagonistes.

Quels que soient les dangers rencontrés, Harry et ses amis s’appuient sur leurs groupes d’appartenance et sur des figures de référence : enseignants, parents vivants ou disparus, parrains. Les sorts, créatures et péripéties deviennent autant de supports métaphoriques, déjà largement explorés dans les publications de confrères.

Plus discrètement, les aventures des jeunes sorciers donnent également à voir l’usage de procédés s’apparentant à l’externalisation.

L’externalisation : une triangulation thérapeutique

L’externalisation repose sur une triangulation entre le patient, le thérapeute et une forme tierce issue de leurs imaginaires partagés. Cette forme, posée métaphoriquement dans l’espace de la relation, peut prendre de multiples apparences : objet, personnage réel ou imaginaire, son, mot, souvenir ou scène.

La forme évolue au fil de la séance. Cette triangulation permet une approche décentrée et distanciée de la problématique, favorisant l’accordage relationnel et limitant les phénomènes d’abréaction.

Elle rend possible, de manière sécure, l’exploration des intentions du patient, de celles du monde traumatique et des interactions entre ces différentes intentions, afin de sortir d’une vision identitaire du problème.

Illustration en noir et blanc avec touches de rose montrant deux enfants se tenant la main face à une figure féminine tenant une lumière, dans un décor imaginaire.
Illustration imaginaire utilisée pour évoquer l’approche relationnelle à travers des métaphores visuelles.

Externalisation et filiations théoriques

La triangulation par l’externalisation traverse plusieurs approches :

  • conceptualisée en hypnothérapie par Milton Erickson et Ernest Rossi ;
  • développée dans les cartes narratives de Michael White ;
  • intégrée comme fondement de la Thérapie du lien et des mondes relationnels par Eric Bardot.

La singularité de ces approches peut être illustrée à partir de scènes emblématiques de la saga Harry Potter.

La Pensine : externalisation du souvenir

Les thérapeutes formés à la TLMR reconnaîtront dans la Pensine un procédé proche de l’externalisation du souvenir sur écran. Lorsqu’un souvenir est jugé important, encombrant ou traumatique, le mage l’extrait de son esprit et le conserve dans une fiole.

La Pensine, bassin d’eau argentée en mouvement, permet de revisiter ces souvenirs à distance. Albus Dumbledore explique qu’en extrayant certaines pensées, il devient plus facile d’en distinguer les structures et les liens.

Le sorcier peut alors observer le souvenir comme spectateur ou y être plongé comme témoin invisible de l’action. Cette surface de projection permet également l’introduction d’un tiers dans l’exploration du souvenir.

Une personne observe un souvenir projeté dans un bassin lumineux, sous le regard d’un tiers en retrait.

Relecture du passé et responsabilité relationnelle

Lorsque Dumbledore partage avec Harry son souvenir de la première rencontre avec Tom Jedusor, futur Voldemort, il ouvre un espace de relecture relationnelle. Ensemble, ils contextualisent, partagent leurs ressentis et interrogent les intentions des protagonistes.

La distance temporelle et spatiale permise par la Pensine autorise l’émergence d’une nouvelle perception du présent.

Externalisation du traumatisme et dissociation protectrice

Dans le travail du psychotraumatisme en TLMR, l’externalisation sur écran permet une dissociation protectrice. L’objectif n’est pas de travailler sur l’événement en lui-même, mais sur ses effets actuels et sur la relation que la personne entretient avec son vécu traumatique.

Le thérapeute accompagne ce processus par sa présence engagée, en observant et en accueillant les effets du souvenir chez le patient comme en lui-même.

Deux figures observent un souvenir projeté à distance, illustrant une relecture relationnelle accompagnée

Ces dimensions sont explorées dans les formations en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels proposées par l’Institut Mimethys.

Réification : donner forme à l’expérience

La saga illustre également la réification, procédé largement utilisé en hypnose. Il consiste à donner une forme à une émotion, une sensation ou à l’effet de celle-ci, puis à la transformer jusqu’à ce que l’expérience devienne acceptable sur le plan psychique et corporel.

Cette transformation permet au patient de modifier sa relation au problème et de retrouver du mouvement et de l’autonomie.

L’Épouvantard : transformer la peur

Le professeur Lupin offre une démonstration emblématique de la réification à travers l’Épouvantard et le sortilège Riddikulus. Cette créature prend la forme de la plus grande peur de celui qui la rencontre et gagne en puissance par l’effet qu’elle provoque.

Par un accompagnement progressif, le professeur soutient l’élève dans la transformation de cette peur en une forme absurde, neutralisant ainsi son effet, à l’image du travail thérapeutique mené avec les phobies.

Une figure transforme une forme menaçante en objet ludique sous le regard d’un accompagnant.

Les Détraqueurs et le Patronus : identité et valeurs

Les Détraqueurs incarnent une externalisation de la sidération et du désespoir. Pour s’en protéger, le sorcier doit convoquer ses ressources vitales afin de faire émerger un Patronus, forme animale nourrie par des souvenirs, des valeurs et des liens porteurs de vie.

Ce processus met en lumière l’identité profonde du sorcier, souvent méconnue, et rejoint le travail de la thérapie narrative autour des histoires alternatives et des valeurs ressources.

La relation comme moteur du changement

Dans chacune de ces situations, les apprentis sorciers sont accompagnés par des figures de soutien et de transmission, rappelant le rôle du thérapeute. La saga souligne que le changement ne repose ni sur la technique ni sur la magie seule, mais sur la qualité de la relation humaine.

Comme dans l’accompagnement thérapeutique, les parcours de résilience des personnages invitent à reconnaître la puissance du lien.

Une figure invoque une forme lumineuse protectrice face à l’ombre, soutenue par une présence accompagnante.

Questions fréquentes autour de l’externalisation

Elle met en scène des formes métaphoriques permettant de représenter à distance des peurs, souvenirs ou problématiques, facilitant leur transformation.

La Pensine fonctionne comme une surface de projection du souvenir, autorisant une relecture distanciée et sécurisée de l’expérience passée.

Elle introduit un tiers symbolique qui décentre la problématique, limite les effets envahissants et soutient l’accordage entre patient et thérapeute.

Il met en lumière des valeurs et ressources profondes, souvent masquées par l’histoire dominante du problème.

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