Réel, représentations culturelles et logique de contrôle
Ce webinaire inaugure les premières rencontres publiques de l’Institut Mimethys. Dans un contexte de crise sanitaire mondiale, il propose une réflexion clinique et sociétale sur une question centrale : dans quel monde vivons-nous lorsque nos représentations prennent le pas sur le réel ?
À travers le dialogue entre Eric Bardot et Julien Betbèze, cette rencontre interroge la manière dont nos sociétés construisent leur rapport au danger, à la peur, au contrôle et au lien, face à l’irruption de l’imprévisible.
Lorsque le réel échappe au savoir et au contrôle, la réponse dominante devient souvent une logique de guerre : désigner un ennemi, imposer des normes, renforcer les dispositifs de maîtrise.
Le virus est alors traité comme un élément extérieur, hostile, plutôt que comme un phénomène appartenant au monde du vivant.
Cette externalisation alimente la peur, la sidération et des réponses sociétales parfois paradoxales.
Peur, attachement et effondrement du lien
Le webinaire souligne que la peur massive observée ne peut être comprise sans interroger la fragilisation du lien d’attachement dans nos sociétés.
Lorsque le lien est altéré :
- la peur se transforme en hostilité ou en repli ;
- la solitude s’intensifie ;
- le corps de l’autre devient une menace.
L’isolement, présenté comme solution, risque alors de renforcer les processus de désespoir et de détachement.
Technique et relation : une confusion contemporaine
Un point central des échanges concerne la place de la technique.
Celle-ci peut soutenir la relation, mais elle ne peut en être le substitut.
Lorsque la technique remplace le lien, elle participe à la construction d’un monde où la relation est secondarisée, voire disqualifiée.
Cette confusion contribue à une forme de déshumanisation progressive.
Vers un monde traumatique ?
Le webinaire pose une question dérangeante :
et si nos sociétés modernes produisaient elles-mêmes un monde traumatique ?
Un monde où :
- l’autonomie est pensée sans relation ;
- le corps est instrumentalisé ;
- l’affect est disqualifié ;
- le sens est remplacé par la performance.
La crise agit alors comme un révélateur de cette fragilité structurelle.
Crise, sens et possibles émergents
Toute crise ouvre une alternative :
- soit renforcer les logiques de contrôle existantes ;
- soit permettre l’émergence d’autres manières d’être au monde.
Les intervenants insistent sur la nécessité de remettre au centre :
- le lien ;
- l’affect ;
- la relation au vivant ;
- la construction de sens partagée.
C’est à cette condition que la crise peut devenir un moment de transformation plutôt qu’un simple épisode de sidération.
Intervenants
- Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys.
- Julien Betbèze, psychiatre, psychothérapeute, approche narrative.
Réponses aux questions sur le monde, le réel et la crise
Le virus est-il uniquement un problème sanitaire ?
Non. Il révèle surtout un rapport culturel au réel fondé sur le contrôle et la peur de l’imprévisible.
La crise sanitaire a mis en lumière notre difficulté collective à accepter l’incertitude et la vulnérabilité.
Elle a également exposé la fragilité de nos structures sociales et symboliques.
Ainsi, le virus agit comme un révélateur de nos représentations du monde et de notre manière d’habiter le réel.
Pourquoi la peur a-t-elle été si massive ?
Parce qu’elle s’inscrit dans un contexte de fragilisation du lien, de perte de repères et d’illusion de maîtrise.
Lorsque les certitudes vacillent, l’angoisse prend souvent le relais pour tenter de restaurer un sentiment de contrôle.
La médiatisation continue et la saturation informationnelle ont amplifié ce phénomène.
La peur collective devient alors un symptôme d’un déséquilibre plus profond entre sécurité, sens et relation.
La technique peut-elle remplacer la relation ?
Non. Elle peut la soutenir, mais jamais s’y substituer sans perte d’humanité.
La technique apporte des outils précieux, notamment dans les domaines médicaux et numériques.
Cependant, elle ne remplace ni la présence, ni l’écoute, ni la reconnaissance mutuelle.
Une relation authentique suppose une dimension affective et symbolique que la seule efficacité technique ne peut produire.
Quel est l’enjeu central révélé par cette crise ?
Repenser notre manière d’habiter le monde, en réintégrant le lien, l’affect et le sens.
La crise invite à redonner une place centrale à la vulnérabilité et à l’interdépendance.
Elle questionne nos priorités collectives et notre rapport à la performance.
L’enjeu consiste ainsi à transformer l’épreuve en opportunité de renouvellement du lien social.