La place du tiers dans le psychotraumatisme

Dans ce webinaire de l’Institut Mimethys, Éric Bardot et Julien Betbèze interrogent en profondeur la place du tiers dans le psychotraumatisme.
À partir de situations cliniques, d’exemples familiaux et de références philosophiques, ils montrent que le trauma ne se réduit ni à un événement ni à des symptômes, mais qu’il attaque le lien humain lui-même.

La présence – ou l’absence – d’un tiers capable de témoigner de l’inacceptable devient alors décisive pour que l’expérience traumatique puisse être transformée et réinscrite dans une histoire humaine.

« Deux personnes séparées par une faille sombre symbolisant le traumatisme, avec touches de rose et violet Mimethys »
La place du tiers dans le psychotraumatisme

En bref

Repères cliniques : la place du tiers dans le psychotraumatisme

Dans ce webinaire, Éric Bardot et Julien Betbèze montrent que le psychotraumatisme ne se réduit ni à un événement ni à des symptômes, mais qu’il attaque le lien humain lui-même.

La présence d’un tiers capable de témoigner de l’inacceptable est une condition essentielle pour que l’expérience traumatique puisse être représentée, symbolisée et réinscrite dans une histoire de vie.

Qu’il soit intime, social ou thérapeutique, le tiers permet de sortir de l’isolement, de l’identité victimaire figée et de rouvrir un chemin de subjectivation, de relation et de croissance post-traumatique.

Le psychotraumatisme : quand l’expérience devient insupportable

Le trauma ne correspond pas à une souffrance ordinaire.
Il surgit lorsque l’expérience devient insupportable, impossible à vivre et à représenter psychiquement. La personne est alors envahie, sidérée, coupée de toute distance avec ce qu’elle traverse.

Sans cette distance, il n’y a plus d’épreuve humaine, mais un engloutissement.

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Personne aveuglée par un projecteur intense, représentant l’événement traumatique sans tiers »
Sans tiers, pas de représentation possible.

Le tiers : condition de la représentation et de la symbolisation

Pour que l’expérience traumatique reste humaine, il est nécessaire qu’un tiers soit présent.
Ce tiers permet :

  • de mettre en représentation ce qui a été vécu,
  • de maintenir une séparation entre le sujet et l’événement,
  • d’empêcher la confusion entre l’être et ce qui lui est arrivé.

    Sans tiers, il n’y a ni représentation psychique, ni récit possible.

Trauma et attaque du lien humain

Le trauma attaque directement la relation :

  • à l’autre,
  • à soi-même,
  • au monde humain.


La personne traumatisée se vit comme isolée, seule, parfois monstrueuse.
L’agresseur est perçu comme un monstre, et le sujet peut lui-même se vivre comme contaminé par cette monstruosité.

Ce n’est pas seulement l’événement qui traumatise, mais la rupture du lien humain vivant.

Silhouette humaine se transformant en pierre et se fissurant de l’intérieur
Le trauma attaque le lien humain et la perception de soi.
Personne entourée de deux cercles : protection intime et protection sociétale
Le tiers intime et le tiers sociétal : deux fonctions complémentaires.

Deux figures du tiers : intime et sociétal

Les intervenants distinguent deux formes essentielles de tiers :

Le tiers intime

  • parent, proche, adulte protecteur
  • celui qui aurait dû entendre, voir, prendre position
  • sa défaillance aggrave le trauma


Le tiers sociétal

  • institutions, justice, cadre social
  • nécessaire pour reconnaître les faits
  • insuffisant pour restaurer le lien humain


La reconnaissance juridique ne remplace pas la reconnaissance relationnelle.

Témoigner de l’inacceptable : une fonction centrale du tiers

Le rôle du tiers n’est pas d’expliquer, de normaliser ou de juger, mais de témoigner.
Témoigner signifie :

  • dire que ce qui s’est produit est inacceptable,
  • non pas au nom d’une norme abstraite,
    mais au nom de l’humanité du lien détruit.

Ce témoignage ne passe pas par un savoir expert, mais par une présence engagée.

Deux personnes au milieu d’un paysage dévasté, l’une témoignant auprès de l’autre
Témoigner : la fonction centrale du tiers.

Diabolisation, banalité du mal et impasses contemporaines

Le webinaire met en garde contre deux impasses symétriques :

  • la banalité du mal, où la violence devient normale,
  • la diabolisation, où l’autre est réduit à un monstre.


Ces deux positions maintiennent le sujet dans une identité victimaire figée.
Elles empêchent la transformation du trauma en histoire de vie.

Personnage figé dans un bloc de glace entre banalisation et diabolisation
Entre banalisation et diabolisation : deux impasses traumatiques.

Le thérapeute comme tiers-témoin, et non comme sauveur

Dans le psychotraumatisme, le thérapeute ne peut occuper une position de sauveur ou d’expert distant.
Sa fonction centrale est celle de tiers-témoin :

  • entendre l’inacceptable,
  • s’y laisser affecter,
  • témoigner depuis une position humaine engagée.


Sans cette posture, la thérapie peut devenir elle-même retraumatisante.

Deux silhouettes assises en face à face dans une posture relationnelle égalitaire
Le thérapeute : un tiers-témoin, pas un sauveur.
Un sablier redressé par une main, symbolisant le retour de la temporalité
Redonner du temps pour permettre la croissance post-traumatique.

Croissance post-traumatique : réintroduire la temporalité et le lien

La croissance post-traumatique n’est pas une injonction au dépassement.
Elle suppose :

  • le retour de la temporalité,
  • la possibilité de se projeter,
  • la réinscription du trauma dans une histoire relationnelle.


La croissance devient possible lorsque l’énergie de vie retrouve un appui relationnel.

Revenir au « nous » pour retrouver le « je »

Le trauma enferme dans un double lien :

  • exister uniquement comme victime,
  • ou disparaître comme sujet.


La sortie passe par la réhumanisation :

  • retrouver un « nous »,
  • pour que le « je » puisse à nouveau exister.


Le tiers est le passeur entre le sujet et la communauté humaine.

Personne enfermée dans une bulle de verre opaque, isolée du monde
Revenir au “nous” pour retrouver le “je”.

Questions clés abordées dans ce webinaire sur le tiers et le psychotraumatisme

Pourquoi le tiers est-il central dans le psychotraumatisme selon ce webinaire ?

Parce que le trauma empêche la mise en représentation de l’expérience. Sans tiers pour entendre et témoigner de l’inacceptable, le sujet reste prisonnier de la sidération et de l’isolement.

Le tiers intime (parent, proche, adulte protecteur) agit au niveau du lien affectif et de la reconnaissance humaine. Le tiers sociétal (justice, institutions) reconnaît les faits mais ne suffit pas à restaurer le lien relationnel.

Le thérapeute n’est ni sauveur ni expert distant. Il occupe une position de tiers-témoin, capable d’entendre l’inacceptable et d’y répondre depuis une présence humaine engagée.

Parce qu’elle fige les positions : l’un devient un monstre, l’autre une victime définitive. Cette polarisation empêche la transformation du trauma et maintient l’enfermement relationnel.

Elle n’est pas une injonction au dépassement, mais un processus rendu possible par la réintroduction du lien, de la temporalité et de l’appartenance à la communauté humaine.

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