Le psychotraumatisme : quand l’expérience devient insupportable
Le trauma ne correspond pas à une souffrance ordinaire.
Il surgit lorsque l’expérience devient insupportable, impossible à vivre et à représenter psychiquement. La personne est alors envahie, sidérée, coupée de toute distance avec ce qu’elle traverse.
Sans cette distance, il n’y a plus d’épreuve humaine, mais un engloutissement.
Le tiers : condition de la représentation et de la symbolisation
Pour que l’expérience traumatique reste humaine, il est nécessaire qu’un tiers soit présent.
Ce tiers permet :
- de mettre en représentation ce qui a été vécu,
- de maintenir une séparation entre le sujet et l’événement,
- d’empêcher la confusion entre l’être et ce qui lui est arrivé.
Sans tiers, il n’y a ni représentation psychique, ni récit possible.
Trauma et attaque du lien humain
Le trauma attaque directement la relation :
- à l’autre,
- à soi-même,
- au monde humain.
La personne traumatisée se vit comme isolée, seule, parfois monstrueuse.
L’agresseur est perçu comme un monstre, et le sujet peut lui-même se vivre comme contaminé par cette monstruosité.
Ce n’est pas seulement l’événement qui traumatise, mais la rupture du lien humain vivant.
Deux figures du tiers : intime et sociétal
Les intervenants distinguent deux formes essentielles de tiers :
Le tiers intime
- parent, proche, adulte protecteur
- celui qui aurait dû entendre, voir, prendre position
- sa défaillance aggrave le trauma
Le tiers sociétal
- institutions, justice, cadre social
- nécessaire pour reconnaître les faits
- insuffisant pour restaurer le lien humain
La reconnaissance juridique ne remplace pas la reconnaissance relationnelle.
Témoigner de l’inacceptable : une fonction centrale du tiers
Le rôle du tiers n’est pas d’expliquer, de normaliser ou de juger, mais de témoigner.
Témoigner signifie :
- dire que ce qui s’est produit est inacceptable,
- non pas au nom d’une norme abstraite,
mais au nom de l’humanité du lien détruit.
Ce témoignage ne passe pas par un savoir expert, mais par une présence engagée.
Diabolisation, banalité du mal et impasses contemporaines
Le webinaire met en garde contre deux impasses symétriques :
- la banalité du mal, où la violence devient normale,
- la diabolisation, où l’autre est réduit à un monstre.
Ces deux positions maintiennent le sujet dans une identité victimaire figée.
Elles empêchent la transformation du trauma en histoire de vie.
Le thérapeute comme tiers-témoin, et non comme sauveur
Dans le psychotraumatisme, le thérapeute ne peut occuper une position de sauveur ou d’expert distant.
Sa fonction centrale est celle de tiers-témoin :
- entendre l’inacceptable,
- s’y laisser affecter,
- témoigner depuis une position humaine engagée.
Sans cette posture, la thérapie peut devenir elle-même retraumatisante.
Croissance post-traumatique : réintroduire la temporalité et le lien
La croissance post-traumatique n’est pas une injonction au dépassement.
Elle suppose :
- le retour de la temporalité,
- la possibilité de se projeter,
- la réinscription du trauma dans une histoire relationnelle.
La croissance devient possible lorsque l’énergie de vie retrouve un appui relationnel.
Revenir au « nous » pour retrouver le « je »
Le trauma enferme dans un double lien :
- exister uniquement comme victime,
- ou disparaître comme sujet.
La sortie passe par la réhumanisation :
- retrouver un « nous »,
- pour que le « je » puisse à nouveau exister.
Le tiers est le passeur entre le sujet et la communauté humaine.
Questions clés abordées dans ce webinaire sur le tiers et le psychotraumatisme
Pourquoi le tiers est-il central dans le psychotraumatisme selon ce webinaire ?
Parce que le trauma empêche la mise en représentation de l’expérience. Sans tiers pour entendre et témoigner de l’inacceptable, le sujet reste prisonnier de la sidération et de l’isolement.
Quelle différence est faite entre tiers intime et tiers sociétal ?
Le tiers intime (parent, proche, adulte protecteur) agit au niveau du lien affectif et de la reconnaissance humaine. Le tiers sociétal (justice, institutions) reconnaît les faits mais ne suffit pas à restaurer le lien relationnel.
Quel est le rôle spécifique du thérapeute dans le trauma ?
Le thérapeute n’est ni sauveur ni expert distant. Il occupe une position de tiers-témoin, capable d’entendre l’inacceptable et d’y répondre depuis une présence humaine engagée.
Pourquoi la diabolisation est-elle une impasse dans le travail du trauma ?
Parce qu’elle fige les positions : l’un devient un monstre, l’autre une victime définitive. Cette polarisation empêche la transformation du trauma et maintient l’enfermement relationnel.
Comment la croissance post-traumatique est-elle pensée ici ?
Elle n’est pas une injonction au dépassement, mais un processus rendu possible par la réintroduction du lien, de la temporalité et de l’appartenance à la communauté humaine.
