Chamanisme, hypnose et états modifiés de conscience
Ce webinaire s’inscrit dans le cadre du congrès Sidération – Effondrement – Renaissance, consacré au passage de la sidération traumatique à la croissance post-traumatique.
Il propose un dialogue exigeant autour d’un thème souvent caricaturé : l’apport chamanique en psychothérapie, lorsqu’il est pensé avec rigueur clinique et responsabilité.
À travers l’échange entre Dr Eric Bardot et Martine Gercault, le webinaire interroge la place :
- des états modifiés de conscience,
- du pouvoir de vie,
- et de la réintégration de ce qui a été dissocié
dans la prise en charge du psychotraumatisme.
Un point central concerne les états modifiés de conscience.
Ils ne sont pas présentés comme des états extraordinaires en soi, mais comme des modalités naturelles de l’expérience humaine, mobilisées depuis toujours pour faire face aux crises majeures.
Le tambour, la respiration, l’imaginaire, le souffle sont évoqués comme des portes d’accès à ces états, à condition :
- d’un cadre,
- d’une intention,
- d’une connaissance fine de la psychopathologie.
Psychotraumatisme, dissociation et partie absente
Le psychotraumatisme est abordé comme une expérience de sidération, entraînant souvent une dissociation.
Une partie de l’expérience, parfois de la personne elle-même, devient absente, figée ou inaccessible.
Dans le vocabulaire chamanique, cette expérience est parfois décrite comme une perte, non au sens symbolique, mais comme une dépossession de la présence à soi.
Le webinaire insiste sur un point essentiel : ce qui est dit “absent” n’a pas disparu, mais a été rendu indisponible par la violence de l’épreuve.
Redonner du pouvoir : un enjeu central
Un fil conducteur traverse l’ensemble du dialogue : la question du pouvoir.
Non pas un pouvoir sur l’autre, mais un pouvoir intérieur, souvent mis à mal par le traumatisme.
Le traumatisme coupe le sujet de son pouvoir de vie.
Le travail thérapeutique vise alors à restaurer la capacité d’agir, de choisir, de sentir, sans jamais forcer.
Le guérisseur blessé
Le webinaire évoque la figure du guérisseur blessé, présente dans de nombreuses traditions.
Elle ne désigne pas une posture héroïque, mais une réalité clinique : on ne peut accompagner la souffrance que si l’on a rencontré la sienne.
Cela ne signifie pas exposer son histoire, mais avoir traversé suffisamment ses propres zones de fragilité pour ne pas les faire peser sur l’autre.
Thérapie intégrative : rigueur et discernement
La question de la thérapie intégrative est longuement travaillée.
Intégrer ne signifie pas juxtaposer des techniques, mais :
- connaître leurs limites,
- respecter leur cadre,
- les articuler à une pratique clinique structurée.
Le webinaire met en garde contre une utilisation naïve ou décontextualisée des pratiques dites “chamaniques”, en particulier chez des patients fragiles ou dissociés.
Ancrage, structure et sécurité du cadre
Un point de vigilance majeur est souligné : on ne travaille les états modifiés de conscience qu’à partir d’un ancrage solide.
Sans structure, sans différenciation, sans repères cliniques, ces pratiques peuvent renforcer la dissociation au lieu de la réduire.
L’ancrage n’est pas l’opposé de l’ouverture ; il en est la condition.
Déconstruction, reconstruction et transformation
Le dialogue établit un parallèle entre :
- le démembrement dans certaines traditions,
- la déconstruction en psychanalyse,
- et les processus d’effondrement vécus dans le traumatisme.
Ces étapes ne sont jamais recherchées pour elles-mêmes. Elles deviennent fécondes uniquement lorsqu’elles sont accompagnées, contenues, et suivies d’un travail de reconstruction.
Rencontre, présence et collaboration
Le webinaire insiste sur la dimension relationnelle du soin. Aucune pratique ne peut agir sans une rencontre réelle entre le patient et le thérapeute.
La collaboration est présentée comme une condition incontournable :
- le patient reste acteur,
- le thérapeute n’exerce pas de toute-puissance,
- le soin devient un chemin partagé.
Psychothérapie et spiritualité : une articulation possible
La dimension spirituelle est abordée sans dogme ni prescription. Elle est reconnue comme une dimension de l’expérience humaine, particulièrement mobilisée dans les situations extrêmes.
Le webinaire rappelle cependant que :
- la spiritualité ne remplace ni la psychothérapie,
- ni le soin médical.
Elle peut, lorsqu’elle est intégrée avec discernement, soutenir un processus de transformation.
Une réflexion au cœur de la clinique Mimethys
Ce webinaire s’inscrit pleinement dans la pensée développée par Mimethys :
- une clinique du lien,
- attentive aux processus dissociatifs,
- respectueuse de la subjectivité,
- exigeante sur le cadre et l’éthique.
Il invite à penser le soin comme un processus vivant, où technique, relation et expérience s’articulent sans se confondre.
Une rencontre autour du psychotraumatisme
- Dr Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys
- Martine Gercault, psychanalyste, psychothérapeute, spécialisée dans les états modifiés de conscience.
Réponses aux questions sur chamanisme et psychotraumatisme
Le chamanisme est-il une psychothérapie ?
Non. Il s’agit d’une voie d’expérience qui peut, sous conditions strictes, s’articuler à une psychothérapie.
Les états modifiés de conscience sont-ils toujours indiqués ?
Non. Ils nécessitent un cadre, une indication précise et une évaluation clinique rigoureuse.
Peut-on travailler le traumatisme sans passer par ces états ?
Oui. Il s’agit d’une voie parmi d’autres, jamais exclusive.
Quel est le risque principal d’une mauvaise utilisation ?
Renforcer la dissociation et la confusion identitaire.
Quel est l’enjeu majeur pour le thérapeute ?
Soutenir le pouvoir de vie du patient sans exercer de pouvoir sur lui.
