Penser l’effondrement au-delà de la catastrophe
L’effondrement est souvent associé à une vision apocalyptique : fin du monde, disparition, chaos total.
Pourtant, dans une perspective systémique et écologique, il désigne avant tout la chute d’un système devenu non viable.
Les intervenants rappellent que :
- les systèmes vivants fonctionnent par cycles ;
- toute phase de croissance excessive contient en elle les conditions de son implosion ;
- l’effondrement concerne avant tout les structures, pas la vie elle-même.
Cette distinction est essentielle : ce qui s’effondre, ce sont des organisations, des représentations, des modèles de société — pas le vivant en tant que tel.
De l’effondrement des sociétés à l’effondrement intérieur
Le webinaire établit un parallèle fort entre :
- l’effondrement des systèmes socio-économiques ;
- et les effondrements vécus à l’échelle individuelle.
Dans la clinique, l’effondrement apparaît souvent comme :
- une dépression ;
- une perte de sens ;
- une chute des repères identitaires ;
- un sentiment d’impuissance ou de figement.
Mais ces expériences ne correspondent pas à une disparition de la personne. Elles traduisent l’effondrement d’un monde de représentations, devenu incompatible avec la vie psychique.
La peur de l’effondrement et le figement
L’un des points majeurs abordés concerne la peur. Face à l’effondrement, qu’il soit collectif ou intime, les êtres humains tendent à se figer.
Ce figement :
- n’est pas un manque de volonté ;
- n’est pas une faiblesse ;
- mais une réponse adaptative lorsque l’énergie disponible ne permet plus l’action.
Le problème n’est donc pas l’effondrement en soi, mais la résistance à l’effondrement, qui enferme dans des stratégies défensives répétitives et épuisantes.
Accepter ne signifie pas renoncer
Le terme accepter suscite souvent des résistances. Il est parfois entendu comme une forme de passivité ou de résignation.
Les échanges montrent au contraire que l’acceptation est un mouvement actif.
Accepter l’effondrement, ce n’est pas :
- approuver ce qui détruit ;
- renoncer à agir ;
- se soumettre à l’inacceptable.
C’est reconnaître que :
- certains systèmes sont arrivés à leurs limites ;
- lutter pour les maintenir en vie coûte que coûte aggrave la souffrance ;
- ouvrir l’avenir suppose de laisser mourir certaines formes pour que d’autres puissent émerger.
Effondrement, mort et transformation
Un parallèle fort est établi entre l’effondrement et la mort.
Dans les processus de fin de vie, l’acceptation n’ouvre pas sur la disparition immédiate, mais souvent sur :
- une pacification intérieure ;
- une intensification du lien ;
- une réorganisation profonde du sens.
De la même manière, accepter l’effondrement d’un monde permet de sortir du déni et d’ouvrir des possibles jusque-là impensables.
Le rôle central du lien et de l’entraide
Un autre enseignement majeur du webinaire concerne l’entraide.
Contrairement aux récits de chaos généralisé, les études sur les catastrophes montrent que :
- les humains tendent spontanément à coopérer ;
- les liens se renforcent lorsque les structures s’effondrent ;
- la relation devient une ressource de survie et de transformation.
À l’échelle individuelle comme collective, ce sont les liens qui permettent de traverser l’effondrement, et non la performance ou le contrôle.
Regards croisés sur l’effondrement : clinique, écologie et lien
Ce webinaire repose sur un dialogue entre des regards complémentaires :
- Pablo Servigne, auteur et conférencier, ingénieur agronome et docteur en biologie, connu pour ses travaux sur les risques systémiques globaux et la collapsologie ;
- Dr Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys, concepteur de la thérapie du lien et des mondes relationnels ;
- Nathan Obadia, thérapeute formé à la TLMR, instructeur d’arts martiaux et co-auteur de travaux sur la régulation de la peur et le collectif.
Leur échange permet de relier écologie, clinique du trauma, philosophie et expérience humaine.
FAQ – Questions fréquentes sur l’effondrement
Qu’entend-on par effondrement ?
L’effondrement désigne la chute d’un système devenu non viable, et non la disparition du vivant ou de l’humanité.
Pourquoi l’effondrement fait-il si peur ?
Parce qu’il menace nos repères, nos appartenances et nos représentations du monde, générant des réactions de figement et de perte de sens.
Quelle différence entre accepter et se résigner ?
L’acceptation ouvre un espace de transformation, tandis que la résignation fige et empêche tout mouvement.
Quel lien entre effondrement et dépression ?
Dans les deux cas, il s’agit souvent de l’effondrement d’un monde de représentations devenu incompatible avec la vie psychique.
Quel rôle joue le lien dans ces processus ?
Le lien relationnel est un facteur central de régulation, de sécurité et de reconstruction du sens.
