Le village : condition de la résilience
Un point central traverse tout le webinaire : on ne devient pas résilient tout seul.
La résilience suppose un village — au sens large :
- des présences humaines,
- des liens d’altérité,
- un environnement affectif,
- des niches sensorielles et relationnelles.
Lorsque le village disparaît, l’individu se retrouve seul face à la violence du réel.
Ce n’est pas alors l’absence de volonté qui fait défaut, mais l’absence de milieu humain porteur.
Affectivité, attachement et développement
Le webinaire rappelle que le développement humain repose sur l’affectivité.
Ce sont les liens précoces, la qualité des interactions et la chaleur relationnelle qui permettent à l’enfant de construire une base à partir de laquelle il pourra affronter le monde.
Lorsque ces liens sont absents, fragiles ou violents, les effets se font sentir durablement :
- vulnérabilité accrue,
- difficultés à donner du sens,
- rapport altéré à soi et aux autres.
La résilience ne vient pas effacer ces manques ; elle peut, dans certains cas, les transformer.
Le sens comme construction, pas comme donnée
Le sens n’est pas donné une fois pour toutes.
Il se construit, se raconte, se transmet.
Boris Cyrulnik insiste sur le rôle fondamental du récit :
- raconter permet de mettre en forme l’épreuve,
- de la rendre partageable,
- de l’inscrire dans une histoire plus large que l’événement lui‑même.
Sans récit, l’épreuve reste brute.
Avec le récit, elle peut devenir pensable — et parfois transmissible.
Récit, culture et transmission
Le webinaire met en lumière le rôle de la culture dans la résilience :
- les contes,
- les mythes,
- les récits collectifs,
- les traditions.
Ces récits ne sont pas décoratifs.
Ils offrent des formes symboliques pour dire la souffrance, la perte, la violence, mais aussi l’espérance et la transformation.
La transmission ne consiste pas à transmettre des solutions, mais des formes de sens.
Utopie, idéal et mouvement
L’utopie est abordée non comme une illusion, mais comme un moteur.
Elle permet de se projeter au‑delà du présent immédiat, d’imaginer un avenir possible.
Sans utopie, l’humain se replie sur le confort ou la survie.
Avec une utopie, même fragile, il peut retrouver un mouvement.
Le webinaire montre que la perte d’idéaux collectifs fragilise profondément les individus, en particulier les plus jeunes.
Confort, angoisse et violence
Un passage fort du dialogue concerne le lien entre confort, angoisse et violence.
Lorsque le sens disparaît, le confort devient une tentative de compensation.
Mais le confort ne protège pas de l’angoisse existentielle.
Au contraire, il peut masquer temporairement le vide, jusqu’à ce que la violence surgisse — tournée contre soi ou contre les autres.
La violence est ici pensée comme symptôme d’un effondrement du sens, plus que comme simple déviance individuelle.
Féminin, maternité et transmission
Un autre axe fort concerne la tension entre singularité et appartenance.
L’humain a besoin des deux :
- être reconnu comme sujet singulier,
- appartenir à un groupe, une histoire, un monde.
Lorsque l’appartenance est niée, l’individu s’isole.
Lorsque la singularité est écrasée, il se dissout dans le clan.
La résilience suppose un équilibre vivant entre ces deux dimensions.
Singularité et appartenance
Le webinaire aborde également la question du féminin et de la maternité dans la transmission.
Il ne s’agit pas d’un discours normatif, mais d’une réflexion sur la fonction de transmission du vivant, au‑delà des rôles sociaux.
La maternité est évoquée comme expérience de lien, de continuité, mais aussi de vulnérabilité, inscrite dans une histoire et une culture.
Transmission intergénérationnelle
Le webinaire rappelle que la transmission ne se limite pas à ce qui est dit explicitement.
Elle passe aussi par :
- les silences,
- les attitudes,
- les récits tus,
- les affects transmis.
Ce qui n’est pas symbolisé peut se transmettre sous forme de symptômes ou de répétitions.
À l’inverse, ce qui est mis en récit peut devenir héritage transformable.
Un dialogue entre clinique et pensée du vivant
Ce webinaire se distingue par la qualité du dialogue entre clinique et réflexion anthropologique.
Il ne propose ni méthode, ni protocole, mais une pensée du vivant, attentive à ce qui permet à un être humain de continuer à exister malgré l’épreuve.
Des intervenants engagés
- Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre, psychanalyste, auteur de nombreux travaux sur la résilience.
- Dr Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys.
- Animation : Stéphane Roy, psychologue, psychothérapeute.
Réponses aux questions sur résilience, sens et transmission
La résilience est-elle une capacité individuelle ?
Non. Elle dépend de l’environnement humain, affectif et culturel dans lequel la personne évolue.
Le récit suffit-il à transformer une épreuve ?
Le récit ne supprime pas la blessure, mais il permet de lui donner une forme transmissible.
Pourquoi le village est-il si important ?
Parce qu’il offre un milieu humain où l’épreuve peut être reconnue et partagée.
Le confort protège-t-il de la violence ?
Non. Sans sens, le confort peut masquer l’angoisse sans la résoudre.
La transmission est-elle toujours consciente ?
Non. Une grande part de la transmission est implicite et non verbale
