Ce que ce webinaire nous apprend sur le transgénérationnel chez le thérapeute
Les échanges mettent en lumière une idée centrale :
ce n’est pas l’héritage en lui-même qui pose problème, mais le fait qu’il agisse à l’insu du thérapeute.
Lorsque l’histoire familiale, culturelle ou traumatique n’a pas été travaillée :
- elle influence la relation thérapeutique ;
- elle agit le corps et les émotions ;
- elle peut enfermer le praticien dans des positions répétitives (sauvetage, réparation, effacement).
À l’inverse, un héritage reconnu, traversé et transformé devient une colonne vertébrale, soutenant la présence, l’autonomie et la créativité clinique.
Le transgénérationnel : au-delà de la transmission du trauma
Le transgénérationnel est souvent réduit à la transmission de traumatismes.
Ce webinaire rappelle qu’il englobe une réalité bien plus large :
- des récits explicites ;
- des silences et des secrets ;
- des loyautés invisibles ;
- des formes relationnelles inachevées ;
- des héritages culturels et symboliques.
Ces transmissions ne sont pas toutes pathologiques. Elles contiennent aussi :
- de la vie ;
- des valeurs ;
- des ressources.
Le basculement se produit lorsque l’héritage devient figement, empêchant le sujet — et le thérapeute — de se mouvoir librement dans le présent.
Pourquoi tant de thérapeutes ont été « thérapeutes avant l’heure »
Un point majeur du webinaire concerne les trajectoires des thérapeutes eux-mêmes.
Nombre d’entre eux ont occupé précocement des rôles particuliers :
- enfant soutien ;
- médiateur familial ;
- confident ;
- figure de régulation émotionnelle.
Cette parentification peut devenir une compétence clinique… à condition d’avoir été reconnue, travaillée et transformée.
Sans ce travail, la relation thérapeutique risque de devenir :
- un espace de réparation personnelle ;
- un lieu de répétition inconsciente ;
- un terrain d’épuisement ou de confusion des places.
Héritage, figement et perte de liberté
Le webinaire insiste sur une distinction essentielle :
l’héritage peut soutenir ou figer.
Lorsqu’un événement n’a pas été symbolisé, il se transmet :
- par le corps ;
- par les émotions ;
- par des symptômes inexpliqués ;
- par des conduites répétitives.
Le sujet ne choisit plus : il est agi.
La liberté disparaît non par manque de volonté, mais par absence de mouvement possible.
Le travail thérapeutique vise alors à transformer l’héritage en appui, plutôt qu’à tenter de s’en détacher.
L’arbre transgénérationnel comme outil expérientiel
Sophie Cohen présente un travail spécifique autour de l’arbre transgénérationnel, utilisé non comme un génogramme analytique classique, mais comme un dispositif expérientiel.
La construction de l’arbre permet :
- de clarifier les lignes générationnelles ;
- de repérer les confusions de places ;
- de faire émerger des réactions émotionnelles et corporelles ;
- de rendre visibles les zones de chaos ou de vide.
Pour certains patients — et thérapeutes — le simple fait de se placer sur leur propre ligne générationnelle constitue déjà une expérience transformatrice.
De l’arbre graphique à la sculpture relationnelle
Le travail ne s’arrête pas à la représentation graphique.
Il se prolonge dans une mise en mouvement corporelle, inspirée de l’hypnose relationnelle.
L’arbre devient alors une sculpture relationnelle vivante, dans laquelle :
- la distance physique représente la distance affective ;
- les lignes générationnelles sont respectées ;
- aucune personne ne « flotte » entre deux places.
Ce passage du dessin au corps est fondamental : ce n’est pas le savoir qui transforme, mais l’expérience vécue.
« Rendre à chacun ce qui lui appartient »
Un concept traverse tout le webinaire : rendre à chacun ce qui lui appartient.
Cela signifie :
- restituer aux générations précédentes leurs actes, leurs choix et leurs responsabilités ;
- ne plus porter ce qui ne relève pas de soi ;
- permettre aux formes relationnelles inachevées de trouver un achèvement.
Rendre ne signifie ni pardonner, ni excuser.
Il s’agit de redonner du poids symbolique là où il manque, afin que l’histoire cesse d’errer sous forme de fantôme.
Formes relationnelles inachevées et répétition
Les intervenants s’appuient sur des références cliniques et théoriques pour rappeler que :
- toute forme relationnelle inachevée tend à se répéter ;
- elle persiste tant qu’elle n’a pas trouvé un espace d’achèvement ;
- elle agit souvent par des symptômes corporels avant d’être pensée.
La relation thérapeutique devient alors le lieu où :
- l’inachevé peut être nommé ;
- l’expérience peut être traversée ;
- une nouvelle forme relationnelle peut émerger.
Le corps comme boussole thérapeutique
Le webinaire accorde une place centrale au corps.
Les transmissions transgénérationnelles s’expriment d’abord par :
- des tensions ;
- des figements ;
- des déséquilibres ;
- des élans empêchés.
La trans debout permet d’expérimenter physiquement :
- le désequilibre ;
- la recherche d’appui ;
- puis l’émergence d’un nouvel équilibre.
Cette expérience corporelle soutient une seconde naissance, où le sujet peut enfin se tenir debout face à son avenir.
Une posture thérapeutique exigeante et incarnée
Ce webinaire rappelle une exigence éthique forte : un thérapeute n’accompagne l’autre que jusqu’où il est allé lui-même.
Travailler son transgénérationnel ne consiste pas à :
- tout comprendre intellectuellement ;
- effacer son histoire ;
- atteindre une maîtrise définitive.
Il s’agit de développer une disponibilité intérieure, capable d’accueillir :
- la résonance ;
- l’incertitude ;
- le désequilibre,
sans être submergé ni agi.
Des intervenants engagés dans une clinique du lien
Sophie Cohen, psychologue, psychothérapeute, formatrice en hypnose et thérapie brève, spécialiste du transgénérationnel et de l’héritage familial et culturel.
Dr Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, psychothérapeute, directeur de l’Institut Mimethys, concepteur de la Thérapie du lien et des mondes relationnels.
Réponses aux questions sur le transgénérationnel en thérapie
Qu’est-ce que le transgénérationnel en thérapie ?
Il s’agit des transmissions familiales, culturelles et relationnelles qui traversent les générations, consciemment ou non.
Pourquoi est-ce un enjeu central pour les thérapeutes ?
Parce que ces héritages influencent la posture clinique, les résonances émotionnelles et la relation thérapeutique.
Le transgénérationnel est-il toujours traumatique ?
Non. Il contient aussi des ressources. Il devient problématique lorsqu’il agit sans être reconnu ni symbolisé.
Pourquoi le travail corporel est-il indispensable ?
Parce que les transmissions transgénérationnelles s’expriment d’abord par le corps, avant de pouvoir être mises en mots.
Quel est l’objectif de ce travail ?
Restaurer la liberté de mouvement, transformer l’héritage en appui et soutenir l’autonomie du sujet.
