Rituel, tâche et symbole : une distinction nécessaire
Le webinaire insiste sur une clarification essentielle pour la pratique clinique.
- La tâche organise le quotidien et soutient le fonctionnement ;
- Le rituel organise la relation et marque un passage ;
- Le symbole permet à ce passage de s’inscrire durablement dans l’histoire du système.
Confondre tâche et rituel revient à réduire le symbolique à une technique.
À l’inverse, un rituel véritable engage :
- le corps ;
- le temps ;
- l’espace ;
- et la présence d’autrui comme témoin.
Pourquoi les rituels sont nécessaires dans les systèmes humains
Les systèmes humains ne se transforment pas uniquement par la parole ou la compréhension rationnelle.
Les rituels répondent à une nécessité anthropologique : donner une forme à l’informe.
Ils permettent notamment de :
- marquer une séparation (deuil, divorce, fin d’une étape) ;
- soutenir une transition (adolescence, parentalité, recomposition) ;
- restaurer un ordre symbolique mis à mal par un événement.
Sans rituel, les systèmes restent souvent bloqués dans un entre-deux, où rien ne peut véritablement commencer ni se terminer.
Les trois niveaux de rituels en thérapie
Les rituels ordinaires
Ils structurent le quotidien (repas, horaires, habitudes).
Ils soutiennent la stabilité mais n’induisent pas, en eux-mêmes, de transformation symbolique.
Les rituels contributifs
Ils mobilisent les membres du système autour d’une action partagée.
Ils renforcent la coopération et la cohésion, mais restent proches du fonctionnel.
Les rituels significatifs et performatifs
Ils marquent un avant et un après.
Ils engagent le corps, le groupe et le sens, et permettent une transformation durable du lien.
C’est à ce niveau que le rituel devient un levier thérapeutique majeur.
Les trois temps du rituel transformateur
Le webinaire s’appuie sur une lecture anthropologique classique, transposable en clinique.
Le temps préliminaire
Il prépare la séparation d’avec l’ancien état.
Quelque chose doit être quitté, nommé, reconnu.
Le temps liminaire
C’est le temps du seuil, de l’entre-deux, de la trans.
Les repères habituels sont suspendus, ouvrant un espace de transformation.
Le temps post-liminaire
Il permet l’intégration et la reconnaissance du nouvel état par le collectif.
Sans ce temps, le rituel reste incomplet.
Cette structure est proche des processus hypnotiques, où la transformation se produit dans un espace sécurisé, hors du quotidien ordinaire.
Le rôle central du collectif et du témoin
Un rituel ne se vit jamais seul.
Même lorsqu’il est intime, il suppose la présence réelle ou symbolique d’un témoin.
Le webinaire montre que :
- le collectif garantit la reconnaissance du passage ;
- le témoin donne une valeur sociale et relationnelle à l’expérience ;
- le rituel inscrit le changement dans une histoire partagée.
Sans témoin, le changement reste souvent fragile et réversible.
Rituel, trans et changement de niveau
Les intervenants établissent un lien explicite entre rituel et changement de niveau 2.
Le rituel ne modifie pas seulement des comportements ; il transforme la structure du système.
Par son caractère corporel, symbolique et relationnel, le rituel :
- mobilise des états de conscience modifiés ;
- ouvre des espaces de sens non accessibles par la seule parole ;
- permet une réorganisation profonde des places et des rôles.
Le thérapeute devient alors tiers garant du cadre, et non prescripteur d’actions.
Exemples cliniques : quand le rituel devient nécessaire
Les échanges s’appuient sur des situations cliniques concrètes :
- deuils non reconnus ;
- séparations conflictuelles ;
- passages générationnels difficiles ;
- événements traumatiques restés sans inscription symbolique.
Dans ces contextes, le rituel permet de mettre en forme ce qui n’a jamais pu l’être, ouvrant la possibilité d’un apaisement et d’un mouvement nouveau.
La posture du thérapeute face au rituel
Le webinaire insiste sur une posture exigeante.
Le thérapeute ne fabrique pas le rituel ; il le co-construit avec le système.
Cette posture implique :
- de renoncer au contrôle ;
- de faire confiance au processus ;
- d’accepter une part d’incertitude ;
- et de soutenir le cadre sans diriger le contenu.
Le rituel n’est jamais une technique reproductible : il est singulier, ajusté à chaque système.
Des intervenants engagés dans une clinique du lien
Julien Besse, psychologue systémicien, formateur, spécialiste de la thérapie familiale et des rituels thérapeutiques.
Stéphane Roy, psychologue, psychothérapeute, co-directeur de l’Institut Mimethys.
Leur dialogue croise clinique, anthropologie et expérience du terrain.
Réponses aux questions sur les rituels thérapeutiques
Un rituel est-il une simple tâche symbolique ?
Non. Un rituel engage le corps, le temps et le collectif, et vise une transformation du sens, pas une simple action.
Pourquoi les rituels sont-ils si puissants en thérapie ?
Parce qu’ils permettent un changement de niveau, en réorganisant les places, les rôles et l’appartenance.
Le rituel est-il compatible avec une approche systémique ?
Oui. Il en est même un prolongement naturel, lorsqu’il est pensé comme expérience relationnelle.
Le thérapeute doit-il imposer le rituel ?
Non. Le rituel est co-construit. Le thérapeute en garantit le cadre, pas le contenu.
Tous les systèmes ont-ils besoin de rituels ?
Les rituels deviennent nécessaires lorsqu’un passage n’a pas pu être symbolisé ou reconnu collectivement.
