Attachement et relation thérapeutique : une continuité relationnelle
Le webinaire s’appuie sur une lecture développementale claire : l’être humain se construit dans et par la relation.
Dès la petite enfance, certaines expériences sont déterminantes :
- pouvoir s’appuyer sur un environnement relativement fiable ;
- se sentir reconnu dans le regard de l’autre ;
- éprouver une continuité corporelle et relationnelle ;
- pouvoir donner du sens à ce qui est vécu.
Lorsque ces expériences font défaut, différents modes relationnels se mettent en place — retrait, hypervigilance, dépendance, désorganisation — et continuent d’influencer les relations ultérieures, y compris en thérapie.
Pourquoi certains patients ont d’abord besoin que le lien tienne ?
Les intervenants rappellent que tous les patients n’entrent pas en thérapie avec la même disponibilité relationnelle.
Chez les patients confrontés à :
- des traumatismes complexes ;
- des troubles de l’attachement ;
- des parcours marqués par la négligence, l’abandon ou la violence ;
la priorité n’est pas l’élaboration cognitive ni la compréhension des symptômes.
Ce qui compte d’abord, c’est que la relation ne soit pas vécue comme une menace.
Dans ces situations, la thérapie devient avant tout un lieu de présence sécurisante, sans jugement ni contrainte.
Quand le lien se vit dans le corps
Un apport central du webinaire concerne la dimension corporelle de cette expérience.
Les patients évoquent souvent des signes très concrets :
- une tension qui diminue ;
- une respiration plus libre ;
- un apaisement progressif ;
- la possibilité de rester là sans se couper.
Ces manifestations relèvent de ce qui se passe dans le corps lorsque la relation tient.
C’est pourquoi ce travail ne peut pas reposer uniquement sur la parole.
La relation thérapeutique comme expérience nouvelle
Les échanges montrent que la relation thérapeutique peut devenir :
- un espace d’exploration du lien ;
- un lieu d’expérience relationnelle inédite ;
- parfois un terrain de transformation profonde.
À travers la régularité, la cohérence et la présence du thérapeute, le patient peut éprouver une forme de continuité du lien, y compris en dehors des séances.
Cette continuité reste fragile chez les patients traumatisés, pour qui la relation a longtemps été vécue comme imprévisible ou dangereuse.
Ajuster sa posture aux modes relationnels
Le webinaire souligne l’importance pour le thérapeute de repérer comment les modes relationnels s’expriment :
- retrait, évitement, intellectualisation ;
- agrippement, demandes excessives ;
- oscillations entre proximité et rejet ;
- mises à l’épreuve du lien.
Ces mouvements ne sont pas des résistances, mais des tentatives de protection.
Être un thérapeute sécure ne signifie pas répondre à toutes les demandes, mais rester lisible et ajusté, sans se rigidifier ni se perdre dans la relation.
Le thérapeute face à ses propres limites
Un aspect essentiel du webinaire concerne le thérapeute lui-même.
Accompagner des patients traumatisés expose à :
- l’épuisement émotionnel ;
- la confusion des places ;
- le sauvetage compulsif ;
- le traumatisme vicariant.
Être sécure dans la relation suppose aussi :
- de reconnaître ses limites ;
- de s’appuyer sur la supervision ;
- de prendre soin de sa capacité à rester présent.
Il ne s’agit pas de toute-puissance, mais de justesse et de fiabilité.
Cadre, limites et continuité
Contrairement aux idées reçues, les limites participent à la tenue du lien.
Un cadre clair :
- rend la relation plus prévisible ;
- protège le patient comme le thérapeute ;
- soutient une confiance progressive.
La continuité — horaires, présence, cohérence — est souvent ce qui permet au lien de tenir au fil du temps.
Une présence humaine, pas une neutralité froide
Le webinaire insiste sur un point sensible : être sécure ne signifie pas être distant ou neutre.
Les patients sont sensibles à :
- l’authenticité ;
- la sincérité ;
- la reconnaissance des limites du thérapeute ;
- une présence humaine, non défensive.
C’est cette présence ajustée qui permet au lien de rester vivant.
Une posture « suffisamment bonne »
En écho à Winnicott, les intervenants rappellent une position éthique essentielle :
Le thérapeute n’a pas à être parfait, mais suffisamment bon.
Suffisamment présent.
Suffisamment fiable.
Suffisamment ajusté.
C’est dans cette humanité assumée que le lien peut tenir et que le travail thérapeutique devient possible.
Des intervenants engagés dans la clinique du lien
Ce webinaire réunit deux praticiens aux regards complémentaires :
- Dr Tristan De Laage, psychiatre, psychothérapeute, formateur en hypnose et en thérapie du lien au sein de l’Institut Mimethys ;
- Stéphane Roy, psychologue, psychothérapeute, co-directeur de l’Institut Mimethys.
Réponses aux questions autour du fait d’être sécure en thérapie
Être un thérapeute sécure est-il nécessaire pour tous les patients ?
Cela devient particulièrement déterminant pour les patients dont l’histoire relationnelle a fragilisé la capacité à rester en lien.
Le fait d’être sécure dépend-il uniquement du thérapeute ?
Non. Cela se co-construit dans la relation, séance après séance.
La neutralité est-elle garante de ce qui tient dans la relation ?
Pas nécessairement. Une présence humaine et ajustée est souvent plus soutenante qu’une neutralité rigide.
Les limites fragilisent-elles la relation ?
Au contraire. Des limites claires participent à la continuité du lien.
Comment le thérapeute peut-il préserver sa propre disponibilité relationnelle ?
Par la supervision, le travail personnel et le respect de ses propres seuils.
