Une crise qui agit comme un révélateur
Dès les premiers échanges, le constat est clair :
la crise sanitaire n’a pas seulement imposé des contraintes,
elle a aussi rendu visibles des réalités jusque-là peu exprimées.
Des soignants témoignent d’un changement radical dans leur rapport au travail et aux autres.
Certaines personnes découvrent un soulagement inattendu dans la réduction des obligations sociales,
d’autres observent une réorganisation des services qui redonne du sens à la relation humaine.
La crise met ainsi en tension deux mouvements simultanés :
- une logique de sécurisation, indispensable en contexte d’urgence,
- et une possibilité de transformation, tournée vers l’avenir et la question du sens.
Sidération et hypnose négative collective
Gérard Ostermann propose une lecture marquante de la situation actuelle : celle d’un état de sidération collective.
La focalisation quasi exclusive sur le virus, relayée en continu par les médias, plonge de nombreuses personnes dans ce qu’il décrit comme une forme de transe négative.
L’attention se trouve saturée, empêchant toute prise de recul sur le contexte global de la vie, de la société et des relations humaines.
Historiquement, les pandémies ont toujours suscité des peurs légitimes, mais aussi des angoisses dites irrationnelles, accompagnées de la recherche de boucs émissaires.
Ce mécanisme vise à restaurer, souvent de manière illusoire, un sentiment de contrôle face à l’imprévisible.
L’angoisse fondamentale mise à nu
Au cœur de cette crise se révèle une dimension universelle : l’angoisse liée à la finitude humaine.
Ni les discours scientifiques, ni les explications rationnelles ne suffisent à apaiser totalement cette peur fondamentale.
Elle rappelle à chacun sa condition mortelle, tout en créant paradoxalement une expérience partagée : nous traversons collectivement une même incertitude.
Cette angoisse, loin d’être uniquement paralysante, peut aussi devenir un point d’appui existentiel.
Elle permet d’éprouver la vie, de reconnaître l’autre comme semblable et de questionner ce qui compte réellement.
Isolement sanitaire et déshumanisation : une tension à penser
Les mesures sanitaires reposent largement sur des logiques de séparation, de barrières et d’isolement. Si elles répondent à une nécessité de protection, elles interrogent profondément la dimension relationnelle de l’humain.
La crise met en évidence un paradoxe :
- d’un côté, des élans de solidarité et de créativité relationnelle,
- de l’autre, des formes de déshumanisation liées à la réduction de l’humain à des données, des protocoles ou des algorithmes.
Cette tension oblige à repenser la place du lien, du corps et de la relation dans un monde confronté à l’incertitude.
Repenser les besoins véritables
La période actuelle offre une opportunité rare : celle de questionner nos besoins réels, au-delà des seuls besoins fonctionnels.
La société moderne a longtemps privilégié une lecture utilitaire de l’humain. Or, les travaux sur l’attachement et l’observation clinique rappellent que l’être humain ne peut être réduit à ses fonctions : le lien, la présence et l’expérience relationnelle sont fondamentaux.
La crise invite ainsi à un retour vers l’essentiel :
- observer ses rythmes,
- écouter son vécu corporel et émotionnel,
- réévaluer ses priorités personnelles et professionnelles.
Rien ne garantit que « l’après » sera radicalement différent, mais un travail intérieur et collectif devient possible.
Une invitation à se regarder vivre
Ce webinaire ne propose ni recettes, ni solutions toutes faites.
Il ouvre un espace de réflexion pour se regarder vivre dans l’incertitude, reconnaître ses peurs, ses ressources et ses capacités d’ajustement.
La crise du Covid-19 apparaît alors moins comme une parenthèse que comme un moment de bascule, révélateur de fragilités, mais aussi de potentiels de transformation humaine.
Intervenants
- Dr Éric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys
- Gérard Ostermann, professeur de thérapeutique, président du CRAA (Bordeaux)
Questions abordées dans ce webinaire
Que révèle la crise du Covid-19 sur nos fonctionnements humains ?
La crise du Covid-19 met en lumière des dynamiques humaines souvent peu visibles en temps ordinaire, notamment les mécanismes de sidération, les peurs fondamentales et la manière dont les individus et les collectifs s’ajustent face à l’incertitude.
Pourquoi parle-t-on de sidération collective dans le contexte de la crise sanitaire ?
Le terme de sidération collective désigne un état de saturation attentionnelle lié à la focalisation continue sur la menace. Dans ce contexte, la capacité de recul, de mise en perspective et d’élaboration se trouve temporairement réduite.
En quoi la crise sanitaire interroge-t-elle notre rapport au lien et à la relation ?
Les mesures de protection nécessaires ont renforcé des logiques de séparation et d’isolement, tout en faisant émerger, en parallèle, des élans de solidarité. Cette tension interroge la place du lien, du corps et de la relation dans les situations de crise.
La crise du Covid-19 ouvre-t-elle nécessairement des possibilités de changement ?
La crise ne garantit aucun changement en soi. Elle peut toutefois ouvrir un espace de réflexion individuelle et collective sur les besoins essentiels, les priorités et les modes d’ajustement relationnel, sans prescrire de direction particulière.
Ce webinaire propose-t-il des solutions ou des méthodes à appliquer ?
Non. Ce webinaire n’apporte ni recettes ni solutions toutes faites. Il propose un espace de réflexion pour observer les vécus, les tensions et les ajustements possibles face à une situation d’incertitude prolongée.
