De la crise sanitaire à la crise sociale
Dès l’ouverture du webinaire, une question centrale est posée :
parle-t-on encore d’une crise sanitaire isolée, ou sommes-nous entrés dans une crise sociétale globale ?
Historiquement, les crises sanitaires ont toujours entraîné des répercussions en cascade : crise du travail, crise économique, crise du lien social, crise de l’autorité et, en toile de fond, crise du sens.
La situation actuelle s’inscrit dans cette continuité.
Elle met en tension des peurs multiples : peur de la maladie, peur de la mort, peur de l’exclusion, peur de l’incertitude.
Ces peurs traversent à la fois les individus et les collectifs.
Mort, santé et transmission : un triptyque sous tension
Les échanges mettent en lumière trois dimensions étroitement liées :
- la présence de la mort, individuelle et collective,
- la place centrale accordée à la santé dans nos sociétés,
- la question de la transmission, entre générations, entre individus, entre groupes.
La confrontation à la mort, longtemps tenue à distance dans des sociétés très médicalisées,
revient brutalement sur le devant de la scène.
Elle questionne notre rapport au vivant, mais aussi les
limites du contrôle, de la science et de la technique.
Dans ce contexte, la santé tend parfois à devenir une finalité absolue,
alors qu’elle pourrait être pensée comme un moyen au service de la vie,
et non comme une fin en soi.
L’humain réduit à un « vecteur » : quels effets relationnels ?
Les échanges mettent en lumière trois dimensions étroitement liées :
- la présence de la mort, individuelle et collective,
- la place centrale accordée à la santé dans nos sociétés,
- la question de la transmission, entre générations, entre individus, entre groupes.
La confrontation à la mort, longtemps tenue à distance dans des sociétés très médicalisées,
revient brutalement sur le devant de la scène.
Elle questionne notre rapport au vivant, mais aussi les
limites du contrôle, de la science et de la technique.
Dans ce contexte, la santé tend parfois à devenir une finalité absolue,
alors qu’elle pourrait être pensée comme un moyen au service de la vie,
et non comme une fin en soi.
Isolement, violence et paradoxes sociétaux
Les mesures de protection ont reposé sur des logiques de séparation et de confinement. Si elles répondent à une nécessité ponctuelle, elles ont également généré des effets paradoxaux.
D’un côté, des élans de solidarité et de reconnexion à l’essentiel émergent. De l’autre, on observe une augmentation de certaines formes de violence, de mal-être et de conduites d’évitement.
Ces phénomènes rappellent que le lien humain joue un rôle central dans la régulation émotionnelle et sociale. Le réduire durablement risque d’aggraver ce que l’on cherche précisément à contenir.
Autorité, responsabilité et liberté intérieure
La crise met également en lumière une tension entre autorité extérieure et autorité intérieure.
Lorsque les règles s’imposent sans espace d’appropriation, elles peuvent générer des vécus de
double contrainte :
- être invité à reprendre une vie sociale tout en restant dans la peur,
- être encouragé à la responsabilité individuelle sans réelle marge de décision.
Cette situation questionne profondément la notion de liberté.
Non pas comme une absence de règles, mais comme une capacité intérieure à ajuster ses choix,
en cohérence avec ses valeurs et le collectif.
Le soin comme espace de lien et de sens
Dans ce contexte, le soin ne peut être réduit à une réponse technique ou sanitaire.
Il engage une dimension relationnelle, corporelle et symbolique.
Le rôle des soignants et des thérapeutes n’est pas de détenir un savoir absolu, mais de soutenir des espaces où peuvent se retisser du sens, du lien et de la réflexion.
Le soin devient alors un lieu de médiation entre l’individuel et le collectif, entre le corps, l’expérience subjective et le monde relationnel.
Une crise comme révélateur de nos choix collectifs
Ce webinaire n’apporte pas de réponses définitives.
Il invite à une prise de recul : observer ce que cette période révèle de nos sociétés, de nos peurs, mais aussi de nos ressources.
La question centrale demeure ouverte : sommes-nous prêts à transformer ce qui, dans nos modes de fonctionnement, fragilise le lien et le vivant ?
Intervenants
- Dr Éric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys
- Stéphane Roy, psychologue, directeur adjoint de l’Institut Mimethys
Questions abordées dans ce webinaire
Sommes-nous encore dans une crise sanitaire ou déjà dans une crise sociale plus large ?
Les échanges montrent que la crise sanitaire s’inscrit dans une dynamique plus vaste. Historiquement, les crises sanitaires entraînent des répercussions sociales, économiques et symboliques. La situation actuelle met ainsi en évidence une crise sociétale globale, où se croisent crise du lien, crise de l’autorité et crise du sens.
En quoi la crise du Covid-19 met-elle en tension notre rapport à la mort, à la santé et à la transmission ?
Le webinaire souligne un triptyque central : la présence de la mort, la place accordée à la santé et la question de la transmission. La mort, longtemps tenue à distance dans des sociétés très médicalisées, revient au premier plan. La santé tend alors à devenir une finalité absolue, tandis que la transmission, entre individus et générations, se trouve fragilisée.
Quels sont les effets relationnels de la représentation de l’humain comme « vecteur » de transmission ?
La représentation de l’humain comme vecteur potentiel de transmission modifie profondément le lien social. Lorsqu’elle s’installe durablement, elle favorise la méfiance, la stigmatisation et des mécanismes de rejet. Cette vision réduit l’humain à une dimension biologique, en occultant sa nature relationnelle et symbolique.
Comment comprendre les phénomènes de violence et de mal-être observés pendant la crise ?
Les intervenants rappellent que la réduction durable du lien humain fragilise les capacités de régulation émotionnelle et sociale. Dans ce contexte, on observe à la fois des élans de solidarité et une augmentation de certaines formes de violence, de conduites d’évitement ou de mal-être, révélant des paradoxes sociétaux profonds.
Quelle tension la crise révèle-t-elle entre autorité extérieure et autorité intérieure ?
La crise met en évidence des situations de double contrainte : être appelé à la responsabilité individuelle tout en disposant de peu de marges de décision. Cette tension questionne la notion de liberté, comprise non comme absence de règles, mais comme capacité intérieure à ajuster ses choix en cohérence avec ses valeurs et le collectif.
Quelle place le soin peut-il prendre dans ce contexte de crise sanitaire et sociale ?
Le soin ne peut être réduit à une réponse technique ou sanitaire. Les échanges insistent sur sa dimension relationnelle, corporelle et symbolique. Le soin devient un espace de médiation entre l’individuel et le collectif, permettant de soutenir le lien, le sens et la réflexion dans un contexte d’incertitude.
Le webinaire propose-t-il des solutions ou des orientations à suivre ?
Non. Le webinaire n’apporte ni réponses définitives ni solutions à appliquer. Il invite à une prise de recul pour observer ce que la crise révèle de nos modes de fonctionnement, de nos peurs et de nos ressources, en laissant ouverte la question des transformations possibles.
En quoi cette crise agit-elle comme un révélateur de nos choix collectifs ?
La crise apparaît comme un révélateur des fragilités et des tensions déjà présentes dans nos sociétés. Elle interroge nos choix collectifs en matière de santé, de lien social et de rapport au vivant, sans présumer de la capacité ou de la volonté de transformation.
