La pensée comme expérience vivante
Dès l’ouverture, un point essentiel est posé : penser n’est pas seulement réfléchir, c’est vivre. La pensée est présentée comme une action de la vie elle-même, un mouvement qui relie le corps, la conscience et la relation.
Lorsque la pensée est vivante, elle permet de passer d’une existence banale à une expérience plus profonde de l’être. À l’inverse, lorsque la pensée se fige, elle se réduit à des opinions, des réactions automatiques ou des systèmes défensifs.
Vide de pensée et pensée du vide
Le webinaire distingue clairement deux formes de vide :
- le vide de pensée, fait de répétitions, d’opinions et d’absence de présence,
- la pensée du vide, entendue comme un espace d’ouverture permettant au vivant d’advenir.
Ce vide n’est pas un manque, mais une condition de possibilité : il permet l’émergence du sens, de la créativité et de la justesse.
Penser, c’est entrer en relation
La pensée ne se développe jamais hors relation. Elle naît de la rencontre : rencontre avec soi, avec l’autre, avec le monde.
Le dialogue met en évidence une confusion contemporaine majeure : la tendance à remplacer la relation vivante par des représentations de la relation. Or, lorsque la relation est réduite à un objet ou à une image, la pensée se rigidifie.
Libérer la pensée suppose donc de restaurer des espaces de rencontre réelle, imprévisible et non maîtrisée.
Corps, relation et imprévisible
Les intervenants soulignent le rôle fondamental du corps comme point d’ancrage de la pensée. C’est à partir des sensations, de l’intuition et de l’expérience corporelle que la pensée peut se déployer de manière authentique.
La relation thérapeutique est évoquée comme un lieu privilégié où cette pensée peut émerger, à condition de laisser une place à l’imprévisible. Penser ne consiste pas à contrôler, mais à créer les conditions pour que quelque chose puisse advenir.
Pouvoir, technique et propagande : ce qui entrave la pensée
Le webinaire propose une critique ferme des logiques contemporaines qui prétendent faire penser à la place des sujets :
- pouvoir politique normatif,
- technicisation excessive de l’humain,
- manipulation des représentations par les médias.
Ces logiques produisent une pensée qui ne pense pas, en coupant l’individu de son expérience intérieure et de sa capacité de discernement.
Justesse plutôt que norme
Un point clé du dialogue concerne la distinction entre justice et justesse. La justesse ne renvoie pas à une règle extérieure, mais à un accord intérieur, ressenti dans le corps et la relation.
La pensée juste n’est pas imposée : elle se reconnaît, elle s’éprouve. Elle est indissociable d’une responsabilité personnelle face à la vie.
Une pensée à transmettre ?
Plutôt que de transmettre des contenus figés, les intervenants posent une autre perspective : transmettre la capacité de penser.
Libérer la pensée, c’est permettre aux générations futures de rester en lien avec le vivant, l’expérience sensible et la relation humaine, sans se soumettre à des systèmes de pensée préfabriqués.
Une rencontre au cœur de la pensée Mimethys
Ce webinaire illustre la démarche de l’Institut Mimethys :
- penser la clinique en lien avec la philosophie,
- soutenir la subjectivité,
- préserver des espaces de liberté intérieure.
Il invite à considérer la pensée non comme un outil de maîtrise, mais comme une expérience de présence, de relation et de transformation.
Intervenants
- Dr Eric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, directeur de l’Institut Mimethys, concepteur de la thérapie du lien et des mondes relationnels.
- Bertrand Vergely, philosophe, théologien et essayiste français.
Questions autour de la libération de la pensée
Libérer la pensée signifie-t-il rejeter toute norme ?
Non. Il s’agit de ne pas confondre norme et pensée vivante. La libération de la pensée suppose une capacité de discernement, pas une opposition systématique.
Pourquoi la relation est-elle centrale pour penser ?
Parce que la pensée ne se développe pas hors de la rencontre. Sans relation vivante, la pensée se fige en opinion ou en système.
Le vide est-il un obstacle à la pensée ?
Non. La pensée du vide est présentée comme un espace d’ouverture nécessaire pour que quelque chose de vivant puisse émerger.
Quel est l’enjeu pour les thérapeutes ?
Soutenir une pensée vivante chez eux-mêmes et chez les patients, sans la remplacer par des cadres normatifs ou techniques.
