Une tension éthique contemporaine dans les pratiques de soin
Le point de départ du webinaire repose sur un constat partagé : la société contemporaine oscille entre deux pôles extrêmes :
- une morale universelle prescriptive, fondée sur le bien et le mal ;
- des revendications identitaires victimaires, cherchant reconnaissance et réparation.
Dans cette polarisation, le thérapeute se retrouve exposé à une tension éthique majeure :
comment accueillir la souffrance sans figer la personne dans une identité de victime ?
comment reconnaître l’inacceptable sans alimenter une logique de diabolisation ?
Différencier morale et éthique
Les échanges permettent de clarifier une distinction essentielle.
La morale renvoie à des règles générales : interdits fondamentaux, normes sociales, principes universels nécessaires au vivre-ensemble.
L’éthique, elle, s’inscrit dans le contexte, la relation et les effets concrets des actes.
Dans la pratique du soin, cette différence est déterminante :
l’éthique ne se décrète pas, elle se vit dans la relation, à travers des choix, des ajustements et une posture incarnée.
Identité victimaire : entre vécu et représentation
Un point central du webinaire concerne la distinction entre :
- le vécu de victime, indiscutable, lié à une expérience de violence ou de maltraitance ;
- la construction d’une identité victimaire, qui peut devenir une réponse adaptative au monde traumatique.
Lorsque l’identité victimaire se rigidifie :
- elle fige la personne dans une position ;
- elle alimente une lecture morale binaire (le bien contre le mal) ;
- elle peut renforcer l’emprise du monde traumatique sur la vie relationnelle.
Le travail thérapeutique vise alors non pas à nier le vécu, mais à désactiver l’emprise de cette représentation afin de permettre une reprise du mouvement de vie.
Le risque de la diabolisation et du justicier moral
Le webinaire met en garde contre un glissement fréquent dans l’espace social comme thérapeutique : la transformation de la morale en instrument de pouvoir.
Lorsque la position victimaire s’articule à une morale absolue, elle peut conduire à :
- une logique d’inquisition ;
- une justification de la violence « au nom du bien » ;
- une impossibilité du dialogue.
Ces dynamiques rappellent combien l’éthique ne peut exister sans reconnaissance de la complexité humaine, incluant la part d’ombre, la responsabilité et la capacité d’affecter l’autre.
Une posture éthique incarnée du thérapeute
Dans cette perspective, la posture éthique du thérapeute ne repose ni sur le jugement, ni sur le sauvetage.
Elle s’ancre dans :
- une position de témoignage, plutôt que de condamnation ;
- la capacité à être touché sans être envahi ;
- un travail constant de différenciation entre vécu, représentation et relation.
L’éthique devient alors un processus relationnel vivant, qui soutient la réhumanisation et la sortie progressive de l’emprise traumatique.
Traumatisme, lien et reconstruction du sens
Les intervenants soulignent que le traumatisme ne disparaît pas.
Ce qui se transforme, c’est son pouvoir sur la vie relationnelle.
Le travail thérapeutique consiste à :
- inscrire l’histoire traumatique dans une histoire de vie plus large ;
- permettre des expériences relationnelles nouvelles ;
- restaurer la capacité à percevoir les intentions positives de l’autre.
C’est dans cette expérience partagée que peut émerger une éthique incarnée, soutenant à la fois la singularité et l’appartenance.
Des intervenants engagés dans une réflexion clinique et relationnelle
Ce webinaire réunit deux praticiens aux approches complémentaires :
- Dr Éric Bardot, psychiatre, pédopsychiatre, psychothérapeute, directeur de l’Institut Mimethys, concepteur de la thérapie du lien et des mondes relationnels ;
- Dr Julien Betbèze, psychiatre, psychothérapeute, formateur en hypnose et en thérapie narrative.
Leur dialogue croise clinique du trauma, philosophie morale et enjeux sociétaux contemporains.
FAQ – Questions fréquentes sur morale, éthique et identité victimaire
Quelle est la différence entre morale et éthique en thérapie ?
La morale repose sur des règles générales, tandis que l’éthique s’inscrit dans la relation, le contexte et les effets concrets des actes.
Qu’est-ce que l’identité victimaire ?
Il s’agit d’une construction identitaire qui peut émerger à partir d’un vécu traumatique et qui, lorsqu’elle se rigidifie, entretient l’emprise du trauma.
Pourquoi la diabolisation pose-t-elle un problème éthique ?
Parce qu’elle réduit les personnes à leurs actes, empêche le dialogue et peut justifier des formes de violence au nom du bien.
Quelle est la posture éthique du thérapeute ?
Une posture de témoignage et de présence, qui accueille la souffrance sans juger ni sauver, et soutient la transformation relationnelle.
En quoi l’éthique est-elle liée au lien ?
L’éthique ne peut exister sans relation humaine vivante, affective et partagée. Elle se construit dans l’expérience, pas dans la norme.
