Pourquoi la dissociation interroge encore la clinique aujourd’hui ?
La dissociation est un terme fréquemment utilisé en psychopathologie, mais souvent confondu.
Entre mécanisme de défense, état de conscience modifié, symptôme clinique ou mode d’organisation de la personnalité, elle recouvre des réalités multiples.
Ce webinaire propose un dialogue approfondi entre clinique et recherche afin d’éclairer la dissociation d’origine traumatique : ses fondements théoriques, ses manifestations cliniques, ses liens avec l’attachement et ses implications thérapeutiques.
Comprendre la dissociation : un concept pluriel
L’un des premiers enjeux abordés concerne la confusion sémantique autour du terme dissociation.
Selon les modèles théoriques, la dissociation peut désigner :
- une altération transitoire de la conscience (absorption, rêverie, hypnose) ;
- un mécanisme adaptatif face à un stress extrême ;
- un symptôme psychopathologique ;
- une organisation durable de la personnalité en lien avec des traumatismes précoces.
Ce webinaire souligne la nécessité de recontextualiser la dissociation, en distinguant les formes ordinaires de la vie psychique des dissociations d’origine traumatique.
Les apports fondateurs de Pierre Janet
La réflexion s’appuie largement sur les travaux de Pierre Janet, dont les concepts demeurent centraux pour comprendre la dissociation traumatique.
Selon Janet, le fonctionnement psychique repose sur une capacité de synthèse permettant de :
- intégrer les perceptions internes et externes ;
- se vivre comme un sujet unifié ;
- inscrire l’expérience dans une continuité temporelle.
Lorsque survient un événement traumatique dans un contexte de vulnérabilité, cette synthèse devient impossible.
Une partie de l’expérience se retrouve alors dissociée, hors du champ de la conscience ordinaire.
Cette dissociation n’est pas pathologique en soi : elle constitue initialement un mécanisme de survie.
Dissociation et trauma : le modèle du continuum
Le webinaire explore les débats contemporains entre :
- une vision catégorielle de la dissociation ;
- et une vision dimensionnelle ou continue.
Dans cette approche :
- chacun peut vivre des expériences dissociatives bénignes ;
- les traumatismes simples peuvent induire des dissociations ponctuelles ;
- les traumatismes complexes, répétés et relationnels favorisent des dissociations durables.
La dissociation devient problématique lorsqu’elle se rigidifie et entrave la capacité relationnelle.
Trauma complexe, attachement et dissociation
Un point central concerne le lien étroit entre :
- traumatismes relationnels précoces ;
- troubles de l’attachement ;
- dissociation.
Lorsque la figure d’attachement est à la fois source de sécurité et de menace, la dissociation permet de maintenir le lien tout en se protégeant de l’insupportable.
Ces configurations favorisent :
- une régulation émotionnelle fragile ;
- une fenêtre de tolérance étroite ;
- des états dissociatifs chroniques.
Dissociation, psychose et erreurs diagnostiques
Le webinaire met en lumière les confusions fréquentes entre dissociation traumatique et troubles psychotiques.
Certaines manifestations dissociatives peuvent mimer :
- hallucinations ;
- états confusionnels ;
- phénomènes de dépersonnalisation ou de déréalisation.
Sans lecture traumatique, ces symptômes peuvent conduire à des diagnostics inadaptés et à une aggravation de la souffrance.
La relation thérapeutique comme socle du traitement
Dans les troubles dissociatifs d’origine traumatique, la relation thérapeutique est centrale.
Avant tout travail sur les mémoires traumatiques, il est essentiel de :
- sécuriser la relation ;
- stabiliser le patient ;
- renforcer les capacités de régulation.
La technique reste toujours au service du lien, jamais l’inverse.
Dissociation du patient et dissociation du thérapeute
Le webinaire aborde également les effets de la dissociation sur le clinicien :
- fatigue compassionnelle ;
- traumatisme vicariant ;
- phénomènes dissociatifs en séance.
La reconnaissance de ces effets, soutenue par la supervision et l’intervision, constitue une compétence clinique essentielle.
Regards croisés entre clinique et recherche
Ce webinaire repose sur l’échange entre :
Damien Fouques
Psychologue, psychothérapeute TCC et EMDR, docteur en psychologie, professeur des universités, directeur du LPPC.
Stéphane Roy
Psychologue, psychothérapeute, formateur et co-directeur de l’Institut Mimethys.
Leur dialogue articule rigueur scientifique, expérience clinique et réflexion éthique.
FAQ – Questions fréquentes sur la dissociation traumatique
Qu’est-ce que la dissociation d’origine traumatique ?
Il s’agit d’une réponse adaptative à un événement ou à un contexte traumatique, dans laquelle une partie de l’expérience n’est pas intégrée à la conscience ordinaire.
La dissociation est-elle toujours pathologique ?
Non. Elle devient problématique lorsqu’elle se rigidifie et entrave le fonctionnement psychique, relationnel et émotionnel.
Quel lien entre dissociation et attachement ?
Les traumatismes relationnels précoces perturbent les systèmes d’attachement et favorisent des formes durables de dissociation.
Peut-on confondre dissociation et psychose ?
Oui. Certaines manifestations dissociatives peuvent mimer des symptômes psychotiques, d’où l’importance d’une lecture traumatique fine.
Pourquoi la relation thérapeutique est-elle centrale ?
Parce que les traumatismes complexes sont relationnels : leur traitement passe nécessairement par une expérience relationnelle sécurisante et réparatrice.
