Psychologue clinicienne, psychothérapeute, centre de consultation de la Madeleine
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Fondements cliniques de l’HTSMA
Cette psychothérapie a été conceptualisée par le Dr Éric Bardot à partir d’une clinique modélisée sur un mode relationnel et interactionnel. Partant du constat que les symptômes — troubles psychotraumatiques, anxieux, phobiques, dépressifs, addictifs, psychosomatiques ou douloureux — constituent des tentatives de solution dysfonctionnelles à des problèmes, l’objectif en HTSMA est de réactiver chez la personne une dynamique de mouvement à partir de problématiques repérées et travaillées ensemble.
L’HTSMA s’attache à remettre en chantier les problématiques relationnelles figées et à travailler les processus d’attachement et de séparation. Elle s’inscrit dans une approche où le changement émerge de l’expérience vécue dans la relation thérapeutique, ici et maintenant.
Articulation avec d’autres approches thérapeutiques
Pour soutenir ce travail, le thérapeute active un accordage relationnel le plus juste possible et mobilise les stratégies les plus pertinentes en fonction de la situation présente. L’HTSMA intègre ainsi différents éléments issus de l’EMDR, de l’hypnose éricksonienne et des thérapies stratégiques — école de Palo Alto, thérapies brèves orientées solutions, thérapies narratives.
Ces apports ne sont pas utilisés comme des techniques isolées, mais comme des ressources intégrées au sein d’une pratique relationnelle cohérente, ajustée à la singularité de chaque situation.
En pratique : comment se déroule le travail thérapeutique
Les mouvements alternatifs (MA)
Le thérapeute utilise différents outils, dont les mouvements alternatifs (MA), afin d’activer une expérience de changement. Ceux-ci sont réalisés de chaque côté du corps — suivi visuel de la main du thérapeute se déplaçant de droite à gauche, tapotements alternés sur les genoux, etc. — et s’inscrivent dans le cadre de la relation thérapeutique.
Cette stimulation bilatérale induit généralement une relaxation physiologique.
Hypothèses neurophysiologiques et expérientielles
Sur le plan neurophysiologique, l’activation alternée des hémisphères cérébraux permettrait de traiter différemment les informations parvenant au cerveau. Une autre hypothèse avance que les mouvements alternatifs (MA), répétés sur des temps courts, produisent une forme d’hypnose fractionnée, permettant de se décaler des modes habituels d’être, de penser et d’agir.
La personne vit alors une expérience corporelle au présent, engageant l’ensemble de ses dimensions — sensorielle, émotionnelle, comportementale et cognitive — dans sa relation à elle-même, aux autres et au monde.
Ces dimensions sont explorées dans les formations en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels proposées par l’Institut Mimethys.
Une approche distincte des thérapies uniquement verbales
Cette dimension expérientielle distingue les psychothérapies intégratives des approches exclusivement verbales, notamment dans le travail avec les traumas. Le seul discours sur le trauma réactive souvent la boucle traumatique, les encodages traumatiques étant majoritairement sensoriels plutôt que cognitifs.
Construction de la séance et processus de changement
Le travail thérapeutique repose sur une co-construction entre thérapeute et patient, fondée sur l’accueil de ce qui se présente ici et maintenant. Le problème est externalisé, c’est-à-dire représenté à l’extérieur de soi, par exemple projeté sur un écran imaginaire.
L’imagerie mentale permet d’entrer en contact avec ce qui fait souffrance, tout en contournant des représentations trop cognitives susceptibles de créer une distance avec l’expérience émotionnelle et sensorielle.
Le travail s’effectue à partir d’une scène choisie, ou parfois d’un simple détail, afin d’éviter des abréactions majeures. La personne est alors invitée à décrire les effets de cette scène sur elle :
- l’émotion ressentie ;
- les sensations corporelles ;
- les pensées et croyances négatives associées.
Ces éléments deviennent les points d’appui du travail. La personne se focalise sur ces composantes tandis que le thérapeute initie les mouvements alternatifs. Les sensations, images, émotions et pensées évoluent progressivement vers d’autres vécus, moins envahissants, et les émotions paralysantes s’atténuent.
Chaque séquence alterne stimulation et échange verbal, jusqu’à l’émergence d’un changement significatif.
Amplification du changement et intégration
Ce processus permet de sortir de situations figées et de relancer une dynamique de mouvement. La thérapie s’appuie ensuite sur ces transformations pour les amplifier, en mobilisant également des pratiques issues des thérapies brèves et de l’hypnose :
- prescriptions de tâches ;
- recadrages ;
- métaphores ;
- ancrage corporel par des gestes idéomoteurs.
Une dynamique relationnelle centrale
L’HTSMA se caractérise par une dynamique sujet-thérapeute très interactive et une intersubjectivité fine. Le thérapeute, très présent, renforce l’empathie et l’accordage affectif en restant attentif aux effets des mouvements alternatifs sur lui-même.
Dans la communication hypnotique, tout se passe comme si la frontière entre soi et l’autre s’estompait
(Thierry Melchior). Cet ajustement fluide, comparable à une danse, contribue à créer un moment privilégié d’être avec, renforçant la base sécure de la personne accompagnée.
Dans ce climat affectif étayant, une co-construction originale se déploie, mobilisant la créativité et les ressources des deux protagonistes. Elle permet de revisiter les problématiques et de faire émerger une nouvelle perception de la réalité, favorisant des modes relationnels plus ajustés.
Illustration clinique : une séance et ses effets
Mlle T. subit un harcèlement moral de la part de son compagnon. Ce vécu est aggravé par le suicide de son père, survenu six mois plus tôt. C’est elle qui l’a découvert, dans une scène particulièrement traumatique.
Dix minutes avant la fin de la troisième séance, le thérapeute perçoit une intensification du vécu traumatique, alors que l’entretien s’était jusque-là déroulé dans une dynamique positive. Il lui propose de poursuivre brièvement à l’aide de mouvements oculaires afin de l’aider à faire face aux images envahissantes.
Bien que le temps soit limité et que cette modalité n’ait pas encore été utilisée ensemble, la patiente accepte. Elle place spontanément l’image traumatique sur un écran imaginaire, en se focalisant sur un détail particulièrement insoutenable. Elle évalue son malaise à 10/10, avec une respiration bloquée et une colère intense.
Les mouvements oculaires débutent immédiatement. Rapidement, la respiration s’apaise et une autre image émerge : un souvenir d’enfance de son père sur une plage, associé à un vécu positif. Elle rit, se détend. Lorsque l’image initiale est réintroduite, elle constate qu’elle est désormais remplacée par ce souvenir apaisant. L’ensemble de la séquence dure environ quinze minutes.
Lors de la séance suivante, les images traumatiques ne sont pas réapparues. Le travail se poursuit sur sa relation de couple et sur le deuil de son père.
L’expérience relationnelle au cœur du changement
Il est difficile de comparer cette pratique, originale et parfois déconcertante, à une thérapie classique, qu’elle soit verbale ou corporelle. Tout aussi difficile de la décrire pleinement, tant elle est riche et complexe.
Si la pertinence d’une thérapie s’évalue à partir de ce qui change dans le quotidien de la personne et de ce qu’elle peut dire de sa vie, l’HTSMA apparaît comme une pratique profondément engageante. Le changement s’opère parce que la personne vit une expérience entière, mobilisant l’ensemble des dimensions de son être.
Cela suppose également un engagement fort du thérapeute dans cette bulle à deux
. Entrer dans l’univers de l’HTSMA, c’est questionner sa pratique et s’autoriser des formes d’interactions corporelles et émotionnelles plus fines.
Le jeu en vaut la chandelle : le thérapeute gagne en créativité, et les personnes accompagnées se réincarnent, deviennent plus vivantes… et vont mieux.
Questions fréquentes autour de l’HTSMA / TLMR
En quoi la TLMR se distingue-t-elle d’une psychothérapie uniquement verbale ?
La TLMR accorde une place centrale à l’expérience vécue dans la relation thérapeutique, en intégrant le corps, les ressentis sensoriels et émotionnels. Elle ne repose pas uniquement sur l’élaboration verbale, mais sur ce qui se transforme dans l’expérience partagée, ici et maintenant.
Pourquoi utiliser des mouvements alternatifs dans cette approche ?
Les mouvements alternatifs sont utilisés comme des supports expérientiels favorisant des déplacements internes. Ils permettent d’accompagner une expérience corporelle et relationnelle différente, en soutenant une évolution des ressentis, des images et des perceptions associées à une situation problématique.
La TLMR est-elle adaptée au travail avec les vécus psychotraumatiques ?
La TLMR peut accompagner des personnes confrontées à des vécus psychotraumatiques en proposant un cadre relationnel sécure et ajusté. Elle vise à éviter la réactivation brute du trauma en s’appuyant sur des modalités expérientielles graduées et co-construites dans la relation.
En quoi cette approche remet-elle en mouvement des situations figées ?
La TLMR propose un espace pour explorer autrement des problématiques qui se sont rigidifiées avec le temps. En s’appuyant sur l’expérience vécue et la relation, elle permet d’ouvrir de nouvelles perceptions, sensations et manières d’être en lien avec soi, les autres et le monde.
