Situation d’exception : crise, maladie ou révélation ?
La notion de crise est souvent confondue avec celle de maladie ou de catastrophe.
Pourtant, comme le rappelait Hippocrate, la crise n’est pas le signe de la maladie, mais celui de la résistance du vivant.
Elle marque un moment décisif, un tournant possible vers le meilleur… ou vers le pire.
Bertrand Vergely distingue ainsi :
- la situation d’exception ;
- la crise ;
- la maladie.
Trois réalités différentes, même si elles peuvent se superposer.
La crise apparaît lorsque deux éléments incompatibles entrent en tension sans solution évidente. Elle peut conduire à la sidération, à la destruction ou à l’enfermement… mais aussi à une création radicale.
Sidération ou création : les deux issues possibles de la crise
Face à une crise, deux dynamiques s’opposent :
Les issues destructrices
- la sidération (paralysie, dépression) ;
- la violence dirigée contre l’autre ;
- la violence retournée contre soi ;
- l’enfermement généralisé et punitif.
L’issue créatrice
La seule véritable sortie de crise est une création exceptionnelle, qui peut prendre la forme :
- de la sagesse ;
- de la révolution intérieure ;
- de l’art ;
- ou d’un engagement spirituel incarné.
Créer, ce n’est pas parler de la vie, mais devenir vivant.
Peur de la mort et infantilisation de la société
La crise sanitaire révèle un trait profond de nos sociétés modernes : la peur de la mort est devenue centrale.
La santé a remplacé le salut, et la protection absolue est devenue une norme.
Selon les intervenants, cette peur alimente :
- un ordre sanitaire autoritaire ;
- une surveillance généralisée ;
- une infantilisation collective ;
- une confusion entre soin, contrôle et punition.
Être vivant, rappellent-ils, ce n’est pas éviter toute souffrance, mais pouvoir traverser la maladie, la joie, la perte et la mort sans perdre le sens.
Santé, salut et protection : quelles confusions ?
Bertrand Vergely distingue clairement :
- le sauvetage (préserver une vie) ;
- le salut (sauver le trésor de l’humanité) ;
- la santé (capacité à vivre pleinement, même dans la vulnérabilité).
La santé ne se réduit pas à l’absence de maladie.
Elle suppose une immunité intérieure, relationnelle et symbolique, que les seules mesures techniques ne peuvent garantir.
L’oubli de la sensibilité et de l’âme
Un autre enseignement majeur du webinaire concerne l’effacement de la sensibilité et de la vie intérieure.
La société moderne fonctionne par images, chiffres et normes, au détriment de l’expérience vécue.
Or, la sensibilité :
- est une source de créativité ;
- est profondément relationnelle ;
- constitue un puissant facteur thérapeutique.
L’âme, loin d’être une notion archaïque, désigne cette dimension vivante, personnelle et relationnelle qui permet à l’humain de créer, de transmettre et de se relier.
Transmission, créativité et radicale nouveauté
La crise pose enfin une question essentielle : que transmettons-nous ?
Lorsque la mort est pensée comme un néant, toute transmission devient impossible.
À l’inverse, penser la vie comme un processus vivant ouvre à une responsabilité nouvelle : celle d’être passeur.
La créativité n’est jamais « petite ».
Elle commence par :
- un regard ;
- une parole juste ;
- un geste simple ;
- un choix de vie.
Habiter la crise, c’est retrouver la capacité d’émerveillement, d’humour et de création, même dans l’incertitude.
Questions fréquentes sur la crise, la créativité et le sens
La crise est-elle forcément négative ?
Non. Elle peut être destructrice ou créatrice. Tout dépend de la manière dont elle est habitée.
Quelle différence entre santé et salut ?
La santé concerne l’équilibre du vivant ; le salut renvoie à la sauvegarde du sens, de la transmission et du trésor humain.
Pourquoi la peur de la mort est-elle centrale aujourd’hui ?
Parce qu’elle structure nos choix politiques, sociaux et sanitaires, souvent au détriment de la vie intérieure.
Quel rôle joue la créativité dans une situation d’exception ?
Elle permet de transformer la sidération en mouvement, et de rendre compatibles des éléments opposés.
Que peut-on faire concrètement au quotidien ?
Cultiver la sensibilité, la relation, l’humour et la présence vivante dans les gestes les plus simples.
