Quand la sursaturation médiatique empêche de penser
La multiplication des messages identiques sur tous les canaux médiatiques ne favorise pas la réflexion : elle crée une rumination mentale collective.
La répétition remplace le sens, et la pensée vivante cède la place à une norme intériorisée.
Penser n’est pas accumuler des contenus.
Penser suppose :
- un contexte ;
- une intention ;
- un temps d’élaboration.
Or, la surmédiatisation court-circuite ces conditions.
Des mots creux à l’illusion du dialogue
Les intervenants distinguent les mots habités, porteurs d’expérience et de relation, des mots creux, manipulables, normatifs, déconnectés du vécu.
Lorsque ces mots creux sont surdiffusés :
- ils donnent l’illusion d’un dialogue ;
- mais activent en réalité un monologue intérieur contraint ;
- enfermant l’individu entre soumission, opposition ou retrait.
Le langage cesse alors d’être un espace de rencontre.
Dialogue ou monologue : une frontière essentielle
Le dialogue véritable suppose une rencontre de deux intelligences, laissant émerger un troisième espace : celui du sens partagé.
À l’inverse, la communication sursaturée :
- impose une réaction immédiate ;
- empêche la distanciation ;
- réduit la relation à une réponse réflexe.
Cette confusion produit une illusion de lien, sans véritable relation.
Sursaturation, sidération et réponses de survie
Face à la pression médiatique, trois réactions dominent :
- la lutte (opposition) ;
- la fuite (retrait) ;
- la soumission (adhésion normative).
Ces réponses relèvent de mécanismes de survie, non de choix conscients.
La pensée créatrice se fige, laissant place à la sidération et à la dissociation.
Langage « sniper » et violence symbolique
Les échanges évoquent l’émergence d’un langage percutant, rapide, normatif, fait de punchlines.
Ce langage écrase l’autre au lieu de le rencontrer.
Privée de mots porteurs de sens, la relation devient violente :
- la violence remplace la parole ;
- l’agressivité pallie l’impossibilité de penser ensemble.
Trauma collectif et déshumanisation
La surmédiatisation participe à un climat de trauma collectif :
- confusion des repères ;
- effacement de l’intime ;
- perte de la capacité à symboliser.
Le soin, la relation et la clinique sont alors menacés par une vision opératoire, hygiéniste et désincarnée de l’humain.
Réhabiliter la relation vivante
Face à cette dérive, Eric Bardot et Sandy Vendrely rappellent l’essentiel :
- la relation précède l’autonomie ;
- le lien est fondateur de la pensée ;
- la technique doit rester au service du vivant.
L’émerveillement, la gratitude et l’intentionnalité habitée demeurent des ressources essentielles pour préserver l’humain en relation.
FAQ – Surmédiatisation et relation humaine
La surmédiatisation empêche-t-elle de penser ?
Oui, lorsqu’elle impose des messages répétés, simplifiés ou normatifs, la surmédiatisation peut entraver la capacité à penser. Elle sollicite en permanence l’émotion, l’urgence et la réaction, au détriment des temps de recul nécessaires à l’élaboration psychique.
Exposées à un flux continu d’informations, les personnes sont souvent invitées à prendre position rapidement, à réagir avant même d’avoir pu mettre en sens ce qu’elles perçoivent. Cette dynamique favorise des réponses automatiques — adhésion, rejet, sidération — plutôt qu’un véritable travail de réflexion. La pensée se trouve alors court-circuitée par l’intensité émotionnelle, la répétition et la polarisation des discours.
Sur le plan clinique et relationnel, cette surstimulation peut renforcer des états de figement, d’impuissance ou de confusion, notamment chez les personnes déjà fragilisées par l’incertitude ou l’insécurité. L’excès de messages extérieurs laisse peu de place à l’expérience intérieure, à la nuance, à la complexité des vécus individuels et collectifs.
Penser suppose en effet un rythme, un espace de silence, de mise à distance et de dialogue. Or la surmédiatisation tend à occuper tout l’espace psychique disponible, réduisant les possibilités d’appropriation personnelle de l’information. Elle peut ainsi affaiblir la capacité à relier les faits, à contextualiser, à interroger les implicites et à élaborer un point de vue singulier.
Dans cette perspective, retrouver des conditions favorables à la pensée passe par la réhabilitation du lien, de la parole partagée et de l’expérience vécue. Il s’agit moins de se couper de l’information que de réintroduire du choix, du temps et du discernement, afin que l’information puisse redevenir matière à réflexion plutôt que déclencheur de réactions immédiates.
Qu’est-ce qu’un « mot creux » ?
Un mot déconnecté de l’expérience vécue, utilisé comme concept ou norme sans résonance affective.
Pourquoi parle-t-on d’illusion de relation ?
Parce que la communication sursaturée donne l’impression d’être en lien, sans permettre une véritable rencontre.
Quel lien avec le trauma collectif ?
La perte de sens, la sidération et la dissociation sont des marqueurs d’un climat traumatique partagé.
Comment préserver une relation vivante ?
En réhabilitant le dialogue, le temps, l’intentionnalité et l’expérience sensible.
