Qu'est-ce que le trauma complexe ?
Le trauma complexe ne se réduit pas à une succession d’événements difficiles.
Il peut devenir un monde relationnel structurant, dans lequel la personne se retrouve enfermée, avec des effets durables sur le lien, le corps, la perception de soi et des autres.
Ce webinaire du jeudi 5 juin 2025, animé par le Dr Éric Bardot et Stéphane Roy, propose une lecture approfondie du trauma complexe à partir de la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels (TLMR).
Ce que ce webinaire éclaire sur le trauma complexe
Le webinaire met en lumière une distinction fondamentale entre :
- le trauma contextualisé, lié à un événement circonscrit,
- et le monde traumatique, dans lequel l’ensemble de la vie relationnelle se trouve altéré.
Dans le monde traumatique, la personne ne fait pas que se souvenir du trauma : elle vit dans un système relationnel organisé par la dissociation, la perte de sens et l’imprévisibilité.
Les intervenants soulignent que ce qui fait trauma dans la durée ne relève pas uniquement des faits eux-mêmes, mais également de :
- la rupture des liens ;
- l’intentionnalité humaine impliquée dans l’agression ou la maltraitance ;
- la validation implicite ou explicite de ces actes par l’environnement.
Du trauma à la construction d’un monde traumatique
Le monde traumatique est décrit comme une organisation vivante, dotée de ses propres règles :
- dissociation à plusieurs niveaux (corporel, émotionnel, relationnel) ;
- dissonances permanentes entre l’expérience vécue et ce qui est présenté comme « normal » ;
- enfermement dans une temporalité figée, répétitive et sans issue.
Dans cette perspective, les symptômes ne sont pas considérés comme des anomalies isolées, mais comme des tentatives d’adaptation à un monde devenu invivable.
Cette lecture permet de comprendre pourquoi certaines approches, pertinentes dans le cadre du trauma contextualisé, atteignent leurs limites face au trauma complexe.
Le lien comme fondement du processus de transformation
Un point central du webinaire concerne la fonction du lien.
Selon la TLMR, le trauma complexe altère d’abord la confiance vécue dans le lien humain, bien avant toute élaboration cognitive.
Restaurer le lien ne consiste donc pas à rassurer mentalement, mais à permettre :
- une expérience corporelle et perceptive de sécurité ;
- une relation dans laquelle les erreurs, les ruptures et les ajustements ne détruisent pas le lien.
La relation thérapeutique devient alors un espace d’expérience partagée, capable de soutenir un processus de réassociation et de remise en mouvement.
Dissociation, dissonance et rôle du thérapeute
Le webinaire insiste sur le fait que la dissociation ne se limite pas à une symptomatologie identifiable.
Elle structure l’ensemble du monde relationnel traumatique.
Dans la relation thérapeutique, cela se manifeste souvent par :
- des effets de désaccordage ;
- des sentiments d’impuissance ;
- des mouvements de méfiance ou de retrait.
La TLMR propose de considérer ces effets ressentis par le thérapeute non comme des obstacles, mais comme des indicateurs cliniques précieux, à condition qu’ils puissent être reconnus, élaborés et transformés dans la relation.
Externalisation, imaginaire et espace tiers
Pour sortir de l’enfermement traumatique, les intervenants soulignent l’importance de :
- donner forme au monde traumatique,
- le rendre visible et partageable,
- créer un espace tiers entre la personne, le thérapeute et ce monde.
L’imaginaire et la métaphore jouent ici un rôle central.
Ils permettent de passer d’une accumulation d’événements à une cohérence symbolique, ouvrant un espace commun de compréhension et de coopération.
Cette mise en forme favorise une distanciation progressive et la reconnexion à des expériences ressources jusque-là inaccessibles.
De la restauration du lien à la résilience post-traumatique
La TLMR ne vise pas la suppression des traces du trauma, mais la transformation de la relation à l’expérience vécue.
Les intervenants évoquent la résilience post-traumatique comme la capacité à :
- redevenir acteur et auteur de sa vie,
- reconstruire une histoire porteuse de sens,
- retisser des liens au sein d’une communauté humaine.
Ce processus inclut, lorsque cela devient possible, une élaboration plus large intégrant :
- la position de victime ;
- les stratégies de survie ;
- une réflexion sur les dynamiques d’agression et de transmission.
Une approche incarnée et écologique de la relation d’aide
Le webinaire met également en lumière l’importance d’une pratique écologique pour les professionnels.
En mobilisant les processus de vie et de lien, la TLMR vise à prévenir l’épuisement et le trauma vicariant, en soutenant une pratique vivante, engagée et nourrissante.
La formation TLMR, structurée sur trois années, accompagne progressivement :
- l’intégration des fondamentaux ;
- le travail avec les mondes traumatiques ;
- la reconstruction du sens dans une perspective profondément humaine et relationnelle.
FAQ – Trauma complexe et lien
Quelle différence entre trauma simple et trauma complexe ?
Le trauma simple est lié à un événement circonscrit. Le trauma complexe correspond à un monde relationnel durablement organisé par la dissociation et la perte de sens.
Pourquoi le lien est-il central dans l’accompagnement du trauma complexe ?
Parce que le trauma complexe altère d’abord la confiance vécue dans le lien humain. Sans restauration du lien, les processus de transformation restent limités.
Quel rôle joue la relation thérapeutique ?
Elle constitue un espace d’expérience partagée, permettant une réassociation progressive et une restauration de la sécurité relationnelle.
Pourquoi utiliser l’imaginaire et la métaphore ?
Ils permettent de donner forme au monde traumatique, de créer un espace tiers et de sortir de l’enfermement invisible.
