Quand la neutralité devient une illusion clinique
La neutralité dite « bienveillante » a longtemps structuré les représentations du cadre thérapeutique. Pourtant, comme le soulignent les intervenants, toute relation humaine est traversée par des processus d’influence réciproque. Le thérapeute se dévoile dès les premiers instants : par sa voix, son regard, son espace, sa présence corporelle.
Prétendre à une absence d’impact ou à une neutralité totale revient à ignorer ce qui se joue réellement dans la relation, et parfois à renforcer une dissociation chez le patient.
Dévoilement implicite et dévoilement explicite : deux registres distincts
Le webinaire distingue clairement deux formes de dévoilement :
- Le dévoilement implicite, inévitable, inscrit dans la présence du thérapeute
- Le dévoilement explicite, intentionnel, verbalisé, toujours à évaluer
Le second n’a de valeur thérapeutique que s’il s’inscrit dans le processus relationnel en cours, et non comme une information ajoutée de l’extérieur.
Influence réciproque et co-construction du soin
Dans toute relation thérapeutique, le patient influence le thérapeute autant que l’inverse. Reconnaître cette réciprocité permet de quitter une posture de savoir surplombante pour entrer dans une logique d’accompagnement et de coopération.
Le dévoilement devient alors un moyen de transformer ce qui touche le thérapeute en information relationnelle partageable, plutôt qu’en charge silencieuse stockée.
Trauma, dévoilement et écologie du thérapeute
Face aux récits traumatiques, la neutralité peut devenir violente. Accueillir la souffrance extrême sans ajustement relationnel expose autant le patient que le thérapeute.
Le dévoilement, lorsqu’il est juste, permet :
- de prévenir le trauma vicariant ;
- de réguler l’intensité émotionnelle ;
- de restaurer une présence vivante et incarnée.
Il participe ainsi à ce que Mimethys nomme l’écologie du thérapeute.
La « note juste » : ni exhibition, ni rétention
Un dévoilement thérapeutique n’est jamais un récit personnel prolongé. Les intervenants parlent d’une virgule dans la relation, jamais d’un chapitre.
Pour être pertinent, il doit répondre à trois critères :
- Valeur métaphorique : ce qui est dit ouvre du sens au-delà de l’anecdote
- Effet de recadrage relationnel : il réajuste le lien
- Valeur d’apprentissage : il transforme la compréhension de la relation
Ces processus sont travaillés dans le cadre des formations en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels de l’Institut Mimethys.
Trauma humain et monde traumatique
Les traumas les plus destructeurs ne sont pas les catastrophes naturelles, mais les traumas humains : maltraitance, violence, déshumanisation.
Dans ces mondes traumatiques :
- la capacité à recevoir est altérée ;
- la confiance est brisée ;
- l’attachement devient insécure.
La résilience ne peut alors émerger que si un tiers permet de restaurer la sécurité relationnelle.
Présence, congruence et ajustement continu
La congruence n’est pas un état permanent, mais un processus dynamique. La présence varie, se désaccorde, se réaccorde.
Le dévoilement peut alors devenir un acte de régulation, permettant au thérapeute de retrouver une disponibilité réelle, plutôt que de maintenir artificiellement une posture.
Le dévoilement comme ressource de long terme
Avec l’expérience, le dévoilement apparaît aussi comme un facteur de durabilité professionnelle. Il permet de rester vivant dans la pratique, d’éviter la rigidification, la technicisation ou l’épuisement.
Non pas pour se soulager, mais pour continuer à habiter pleinement la relation thérapeutique.
Questions clés sur le dévoilement thérapeutique
Le dévoilement du thérapeute est-il une transparence totale ?
Non. Il est toujours partiel, contextualisé et orienté vers la relation, jamais vers l’exposition de soi.
Comment distinguer dévoilement et besoin narcissique ?
Si le dévoilement sert à soulager le thérapeute ou à raconter sa vie, il perd sa fonction thérapeutique.
Le dévoilement est-il nécessaire face au trauma ?
Il peut l’être, lorsqu’il permet de restaurer une présence humaine et de réguler l’intensité relationnelle.
Existe-t-il des critères pour un dévoilement ajusté ?
Oui : ses effets métaphoriques, relationnels et d’apprentissage.
Le rapport au dévoilement évolue-t-il avec l’expérience ?
Oui. Il s’affine, devient plus sobre, plus précis, et davantage centré sur le processus que sur le contenu.
