Résilience : un concept venu de l’industrie
Le terme de résilience ne vient pas de la psychologie, mais de l’industrie métallurgique. Il désigne la capacité d’un matériau à résister aux chocs sans rompre.
Cette origine éclaire les ambiguïtés actuelles du concept : être résilient, est-ce résister coûte que coûte, ou se transformer grâce au lien ?
Éric Bardot rappelle combien cette question traverse son histoire personnelle et professionnelle : refuser l’enfermement victimaire, sans basculer dans l’injonction à la survie héroïque.
Résilience, adaptation ou croissance ?
Les intervenants distinguent clairement trois usages du concept :
- la résilience comme processus de transformation ;
- la résilience comme hyperadaptation défensive (survivant durci) ;
- la résilience comme instrumentalisation sociale, qui fait peser la responsabilité sur les individus.
Emmanuel Contamin insiste : la résilience authentique s’accompagne d’une ouverture relationnelle, d’une compassion accrue et d’un approfondissement des valeurs, non d’un surcroît de contrôle.
Une définition systémique de la résilience
S’appuyant sur une définition internationale, Emmanuel Contamin propose de penser la résilience comme la capacité :
- d’un individu ;
- d’une famille ;
- d’un groupe ;
- d’un écosystème ;
à se préparer, résister, puis se transformer après un choc.
Cette vision systémique permet de sortir d’une approche individualisante et de reconnaître l’importance des contextes relationnels et sociaux.
La résilience face à la pandémie : une opportunité ambiguë
La crise sanitaire a été un choc mondial, révélateur de nos vulnérabilités collectives.
Elle a rendu visibles :
- notre interdépendance ;
- la fragilité de nos systèmes ;
- la confusion entre protection, contrôle et soin.
Mais elle a aussi montré les limites d’un discours qui demanderait aux individus de « s’adapter » sans transformer les structures qui produisent la vulnérabilité.
Instrumentaliser la résilience : un risque majeur
Les intervenants mettent en garde contre une dérive : utiliser la résilience comme une technologie du consentement.
Dans cette logique :
- les catastrophes deviennent acceptables ;
- les injustices sont normalisées ;
- l’adaptation individuelle remplace la responsabilité collective.
Éric Bardot refuse cette vision : la résilience n’est pas l’acceptation de la maltraitance, mais la capacité à dire non et à ouvrir une histoire alternative.
Trauma humain et monde traumatique
Les traumas les plus destructeurs ne sont pas les catastrophes naturelles, mais les traumas humains : maltraitance, violence, déshumanisation.
Dans ces mondes traumatiques :
- la capacité à recevoir est altérée ;
- la confiance est brisée ;
- l’attachement devient insécure.
La résilience ne peut alors émerger que si un tiers permet de restaurer la sécurité relationnelle.
Attachement et tuteurs de résilience
Un point clé du webinaire :
On ne sort du trauma que dans un lien d’attachement.
Le thérapeute peut devenir un tuteur de résilience, mais aussi :
- un proche ;
- un groupe ;
- un animal ;
- la nature ;
- une figure spirituelle.
Ces appuis ne sont pas accessoires : ils sont souvent les seules bases possibles lorsque la confiance humaine a été profondément atteinte.
Peut-on s’en sortir seul ?
La réponse des intervenants est claire : non.
La résilience ne vient pas d’une volonté interne isolée.
Elle se met en mouvement lorsque la personne peut recevoir un appui extérieur, parfois pour la première fois.
Recevoir est souvent plus difficile que résister.
Or, sans cette capacité à recevoir, il n’y a que survie, pas résilience.
Résilience collective et responsabilité sociale
Les mouvements de solidarité observés en début de crise montrent que la résilience collective est possible.
Mais elle ne tient dans la durée que si elle s’accompagne :
- de justice sociale ;
- d’équité ;
- de décisions politiques structurantes.
Sans cela, demander aux individus d’être résilients devient une injonction violente.
Le vivant comme processus d’accordage
Éric Bardot rappelle une idée essentielle, inspirée de Daniel Stern : le vivant n’est pas l’absence de rupture, mais la capacité à se réaccorder après le désaccord.
La résilience consiste à restaurer ce mouvement :
désaccord → réaccordage → permanence du lien.
La rencontre authentique comme moteur
La résilience ne se décrète pas.
Elle naît dans des moments de rencontre authentique, parfois très brefs, mais profondément fondateurs.
Ces moments :
- restaurent l’humanité ;
- créent un récit partagé ;
- laissent une trace durable dans la mémoire relationnelle.
Résilience et acceptation de l’humain
Pour accompagner la résilience, le thérapeute doit accepter que l’humain est capable :
- du meilleur ;
- comme du pire.
Cette acceptation inconditionnelle n’excuse pas, mais rend la relation possible, condition sine qua non de toute transformation.
Questions clés sur la résilience et le trauma
La résilience est-elle une capacité individuelle ?
Non. Elle est avant tout relationnelle et systémique.
Peut-on se reconstruire seul après un trauma ?
Non. La résilience nécessite toujours un ou plusieurs appuis extérieurs.
Quelle est la différence entre résilience et adaptation ?
L’adaptation peut être une survie défensive. La résilience implique une transformation vivante.
Le thérapeute est-il toujours un tuteur de résilience ?
Il peut l’être, mais d’autres figures (groupe, nature, spiritualité) jouent aussi ce rôle.
Pourquoi la résilience peut-elle devenir une injonction ?
Lorsqu’elle sert à faire porter aux individus la responsabilité de systèmes maltraitants.
