Institut Mimethys

L’IA : un psy comme les autres ? Retour sur les premières Rencontres Mimethys

Une femme face à un robot humanoïde, illustration de la conférence « L’IA : un psy comme les autres ? » de l’Institut Mimethys.

En bref

Que change la disponibilité permanente d’une intelligence artificielle dans notre manière de chercher de l’aide ?

Sarah El Haïry et le Dr Éric Bardot ont croisé leurs regards sur la protection des enfants et des adolescents, l’autonomie et la place de la relation humaine.

Retrouvez le compte rendu et la vidéo de cette première rencontre, animée par Stéphane Roy.

Ce que la disponibilité permanente fait à nos liens.

Il est tard. Un adolescent ouvre une intelligence artificielle conversationnelle. Il lui confie une inquiétude qu’il n’a pas encore partagée avec un proche. Une réponse arrive aussitôt. Elle reformule, questionne, rassure parfois. La conversation peut continuer, sans rendez-vous et sans attendre le lendemain.

Qu’est-ce qui se joue dans cet échange ? Que vient chercher la personne qui se confie ? Et quelle place cette disponibilité prend-elle dans ses relations avec les autres ?

Portraits de Sarah El Haïry, à gauche, et du Dr Éric Bardot, à droite.
Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, et le Dr Éric Bardot, psychiatre et fondateur de l’Institut Mimethys.

Le 9 octobre 2026, à GINA, à Nantes, l’Institut Mimethys a consacré ses premières Rencontres à ces questions. Animée par Stéphane Roy, psychologue et codirecteur de l’Institut, la soirée a croisé les regards de Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, et du Dr Éric Bardot, psychiatre et fondateur de l’Institut Mimethys.

Regarder la conférence

Retrouvez les interventions et les échanges de cette première soirée des Rencontres Mimethys.

Quand l’intelligence artificielle devient un confident

Dans son introduction, Stéphane Roy a proposé de partir d’une situation quotidienne : celle d’une personne qui s’adresse à une IA pour parler d’elle-même. Elle ne lui demande plus seulement de rechercher une information ou de rédiger un texte. Elle raconte une difficulté, expose un doute, cherche des mots pour comprendre ce qu’elle ressent.

Cette possibilité de parler à toute heure invite à regarder ce qui rend l’échange accessible. Il n’y a pas de rendez-vous à prendre, pas de regard à affronter. Pour quelqu’un qui hésite à se confier, cette distance peut compter.

Mais que devient la conversation au fil du temps ? Aide-t-elle à formuler une demande auprès d’un proche ou d’un professionnel ? Prend-elle progressivement une place dont il devient difficile de sortir ? Ces questions ont constitué le point de départ de la rencontre.

Sarah El Haïry : protéger les enfants et préserver leur autonomie

Sarah El Haïry a centré son intervention sur les enfants et les adolescents. Elle a insisté sur la diversité des outils et des usages : une aide à l’apprentissage et une application conçue pour susciter un attachement n’engagent pas les mêmes questions.

Elle a notamment décrit le passage d’une « économie de l’attention » à une « économie de l’affection ». Son interrogation porte sur des dispositifs qui peuvent encourager les confidences et installer une proximité affective, dans un cadre dont le jeune utilisateur ne perçoit pas nécessairement les intentions ni les limites.

Elle a défendu une protection des mineurs intégrée dès la conception des outils. Préserver leur autonomie, soutenir leur esprit critique, rendre identifiable la nature artificielle de l’interlocuteur et interroger le devenir des données intimes font partie des exigences qu’elle a mises en avant.

Rendre les relations humaines accessibles

Son intervention a également élargi la réflexion à la place des adultes. Comprendre les usages des jeunes suppose de s’intéresser à ce qu’ils y trouvent, mais aussi aux possibilités de rencontre qui existent autour d’eux.

Quels temps les parents, les éducateurs et les professionnels peuvent-ils partager avec eux ? Quels espaces permettent de vivre des expériences collectives, entre pairs et entre générations ? Comment accueillir une parole difficile sans que le jeune anticipe immédiatement un jugement ?

Pour Sarah El Haïry, la protection passe aussi par ces conditions concrètes de la vie familiale, éducative et sociale.

Éric Bardot : ce qui se vit dans une relation

Le Dr Éric Bardot a abordé ces questions à partir de son expérience clinique auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes confrontés notamment à des traumatismes. Un repère traverse son intervention : l’autonomie se construit dans le lien à autrui.

Il a interrogé la différence entre la représentation d’une relation et l’expérience vécue d’une rencontre. Une réponse peut donner le sentiment d’être compris. Pour autant, la relation humaine engage aussi le corps, les sensations, les affects et ce que deux personnes éprouvent dans une situation partagée.

Dans cette perspective, la qualité d’un échange ne se réduit pas à la pertinence des mots reçus. Elle tient également à la présence d’un autre, à son engagement et à la possibilité que quelque chose d’inattendu apparaisse entre les personnes.

Le risque d’un miroir qui nous donne raison

Éric Bardot a évoqué son propre usage de l’intelligence artificielle pour travailler et mettre en forme sa pensée. Il a décrit la vigilance que lui demande la tendance de certains échanges à reformuler et à valoriser ce qu’il apporte, sans véritablement le mettre en discussion.

Cette expérience lui a permis d’interroger l’effet de miroir que peut produire l’outil. Se sentir confirmé peut être agréable. Mais quelle place reste-t-il alors pour le désaccord, l’étonnement ou la découverte d’un point de vue que l’on n’avait pas envisagé ?

Dans sa lecture clinique, la rencontre avec l’autre comporte aussi une part de résistance : l’autre ne répond pas toujours comme nous l’attendons. Cette différence peut nous déplacer et participer à notre construction.

Un appui pour retrouver le chemin des autres ?

Éric Bardot a reconnu que la distance offerte par un échange avec une machine peut, dans certaines situations, faciliter une première expression. Pour un adolescent qui redoute le regard des adultes, écrire peut sembler plus accessible que parler directement à quelqu’un.

Il a toutefois posé une question décisive : cet espace peut-il devenir un point d’appui pour entrer à nouveau dans une relation humaine ?

L’attention se déplace alors vers les effets de l’usage dans la vie de la personne. Après avoir échangé, peut-elle demander de l’aide, reprendre contact avec un proche, retrouver une possibilité d’agir ? Ou la conversation devient-elle progressivement un espace fermé, qui occupe une place croissante ?

Ce questionnement invite les professionnels et les proches à s’intéresser à l’expérience singulière de chacun : ce que la personne cherche, ce qu’elle éprouve et ce que cet échange rend possible ensuite.

Les Rencontres Mimethys : penser, expérimenter, partager

Cette première soirée ouvre un espace de dialogue autour des transformations qui traversent le soin, l’accompagnement et la vie collective.

Les Rencontres Mimethys proposent des conférences ouvertes à tous, ainsi que des ateliers, des webinaires et des podcasts destinés aux professionnels de santé et de l’accompagnement. Elles donnent une place aux expériences, aux questions et aux désaccords pour approfondir notre compréhension du lien humain.

La question ouverte par cette rencontre nous concerne aussi comme adultes, proches et professionnels : quelle présence pouvons-nous offrir à celui ou celle qui cherche un interlocuteur ?

Découvrir les Rencontres Mimethys

Rédaction : Institut Mimethys. Ce compte rendu restitue les principaux thèmes des interventions. La vidéo permet de retrouver les propos dans leur contexte.